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Marcel Campion, roi des forains et trublion parisien

Marcel Campion, roi des forains et trublion parisien
Marcel Campion, roi des forains et trublion parisien JOEL SAGET
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Roi des forains, Robin des Bois des manèges, bientôt candidat aux municipales... Marcel Campion, qui a consacré sa vie aux siens, les forains, ne cesse de défier les institutions et le pouvoir politique, qu'il veut désormais conquérir.

A 78 ans, ce père de trois enfants reste "meurtri par le décès de l'un de ses fils des suites d'une maladie grave", raconte à l'AFP un de ses proches.

Sa famille, au sens propre comme figuré, est foraine: ses grands-parents, parents, épouse, fille et fils (qui est également pasteur), et ses collègues.

C'est "la seule personne qui s'est battue pour notre profession", estime le président de l'Association défense du droit forain, René Hayoun. "C'est un guide, qui s'est investi corps et âme", relève-t-il encore.

Un constat qui n'est pas sans lui déplaire: "Si je n'avais pas été des dizaines de fois, voire des centaines de fois dans l'illégalité, notre profession serait morte", affirmait-il à l'AFP au début des années 2000.

Marcel Campion, né à Paris, a fait ses armes tôt. A 14 ans, il est employé sur des manèges. A 18, il tient sa première baraque à frites mais c'est "beaucoup de boulot pour peu d'argent".

Alors avec une vingtaine de jeunes forains, il propose aux maires des fêtes clés en main. Succès, "surtout auprès des communistes, qui nous trouvent bosseurs". Après des autos-tamponneuses, il s'achète une "petite grande roue" et finit par installer à la foire du Trône, le premier manège de karts de France.

Mais celui qui est connu pour ses coups de gueule, et qui veut être le porte-parole des "autodidactes contre les technocrates", a été contraint de reculer cette semaine, annonçant jeudi son retrait du marché de Noël aux jardins des Tuileries, et la vente de sa grande roue.

En cause: la révélation dimanche d'une vidéo dans laquelle le forain tient des propos homophobes à l'égard de responsables homosexuels - assumés ou supposés - de la mairie de Paris, ce qui a suscité un tollé.

"Au fond, je ne pense pas que l'homme soit homophobe", estime un opposant politique, sous couvert d'anonymat, évoquant "un homme franc du collier, qui s'emporte facilement".

- "Règlements de cons" -

"Il était super meurtri par cette histoire d'homophobie", explique à l'AFP un des proches de M. Campion, parce que "son combat c'est de lutter contre les discriminations, faire accepter la différence de son peuple, le peuple des forains comme des autres".

Comme pour "+Didine+, qui a révélé être lesbienne il y a 30 ou 40 ans, obligeant Marcel à monter au créneau pour la défendre" auprès des forains, se souvient cet ami.

Petit de taille, trapu, tantôt moustachu et tantôt glabre, Marcel Campion sait parfaitement surgir de nulle part et apostropher les élus, en visite au marché de Noël.

Pour Lyne Cohen-Solal, adjointe de la mairie de Paris sous le mandat de Bertrand Delanoë, l'homme a "une personnalité pittoresque, non dénuée de charme. Mais sa stratégie, c'est le coup de force". Et au souvenir de son premier échange avec lui à propos de stationnements illicites foire du Trône, elle retient ses mots: "Il m'a répondu: +C'est des règlements de cons faits par des connards+."

"Marcel est aussi l'ennemi idéal pour la mairie de Paris", selon un de ses proches.

Depuis des mois, une guerre ouverte oppose Marcel Campion à Anne Hidalgo, qui a décidé en 2017 de lui retirer l'autorisation d'installer un marché de Noël sur les Champs-Elysées.

Après s'être déplié sur divers terrains, notamment judicaire, c'est à la bataille politique que songe désormais Marcel Campion qui a annoncé cet été son intention de se présenter aux municipales en 2020, à Paris.

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