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Martinique: les marins Dalin et Meilhat se souviennent encore des "odeurs de brûlé" à l'arrivée

 
 

Engagés sur la Transat Jacques Vabre, les skippers Charlie Dalin et Paul Meilhat sont arrivés au coeur de la nuit à Fort-de-France, au plus fort des violences nocturnes liées à la crise sociale en Martinique: "C'était vraiment bizarre d'arriver avec des odeurs de brûlé", racontent-ils à l'AFP.

Dalin et Meilhat (Apivia), qui ont terminé deuxièmes dans la catégorie Imoca (les bateaux du Vendée Globe) de la transatlantique en double, ont vécu une arrivée très particulière au moment où le couvre-feu se durcissait et l'île s'embrasait, dans la nuit de jeudi à vendredi.

Pour l'AFP, ils font le récit d'une course pas comme les autres.

"Ca commençait bien, on retrouvait la vie normale, un départ normal, du public", commence Dalin, deuxième du Vendée Globe 2020/2021 (course autour du monde en solitaire), dont départ et arrivées se sont déroulés sans public en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19.

"(Durant la course), on est passés à quelques centaines de mètres des îles du Cap-Vert, c'était incroyable. Il y a eu un côté découverte, voyage, pour moi, je n'étais jamais passé aussi près. On a fait un selfie devant toutes les îles !", souligne Meilhat.

En tête durant une partie de la course, le duo perdra toute chance de gagner sur la fin du parcours, Thomas Ruyant et Morgan Lagravière (LinkedOut) les devançant dans leur catégorie.

La Martinique est sous tension depuis lundi, en raison d'une grève générale lancée à l'appel de l'intersyndicale pour protester notamment contre l'obligation vaccinale pour les soignants.

Des manifestants ont bloqué des routes, le climat s'est tendu rapidement et des violences se sont multipliées la nuit avec des voitures brûlées, des affrontements avec les forces de l'ordre, des pillages.

Les marins n'avaient que peu d'informations en mer.

"Déjà on nous a dit qu'au niveau Covid, c’était moins bien que ce qu’on attendait au départ. Et très vite on a su qu’il y aurait un couvre-feu assez tôt. Par contre les émeutes, on n'a su qu’à l’arrivée", se souvient Meilhat.

"Les dernières 48 heures, on avait Twitter à bord, c'était un peu notre seule source d’info d’ailleurs ! On voyait des tweets de certains journalistes sur place qui parlaient d’émeutes, des bateaux qui ne restaient pas dans le port", ajoute Dalin.

Dès lundi, la direction de course avait pris la décision de mettre les bateaux en sécurité après leur arrivée en raison d'une potentielle menace.

"Et juste avant la ligne d’arrivée, c’est la nuit où on a su qu’il y avait des journalistes qui s’étaient fait tirer dessus. Ca, on l'a su", dit Meilhat.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, quatre journalistes, dont le photographe de l'AFP, ont été la cible de tirs à balles réelles alors qu'ils étaient en train de filmer et prendre des photos à bonne distance d'un barrage en feu.

"L’arrivée c’était un peu flippant parce qu’ils (l'organisation) nous +chopent+, ils nous font faire le tour, c’était un peu bizarre, pas le droit de passer par là. J’ai vu que tout le monde était traumatisé. Il y en a qui te racontent qu’ils ont passé la nuit enfermés dans le truc, qu’ils n'ont même pas pu aller dormir dans leur hôtel. Tu te dis: wow...", se remémore Meilhat.

Et Dalin de se rappeler cette odeur de brûlé qu'ils ont senti bien avant la ligne d'arrivée, au Rocher du Diamant.

"Ce qui était vraiment bizarre, c’était d’arriver avec des odeurs de brûlé. Sous l’île, on sentait les fumées de l’île. Les premières odeurs qu’on a senties c’était les odeurs de brulé", poursuit Dalin.

"Ce qui était assez bizarre, c’est quand on te dit, alors que tu es en approche de ligne: on est bloqué à l’hôtel, on ne peut pas venir, vous pouvez couper la ligne à telle heure mais après vous devez attendre que nous, on ait le droit de partir de l’hôtel pour vous retrouver. Et là, tu te dis: ah oui quand même", confie Dalin.

Le tandem choisira de ralentir pour passer la ligne juste après la levée du couvre-feu instauré de 19h00 à 5h00.

Les deux skippers ont ensuite retrouvé leurs proches. Et n'ont rien vu de "leurs propres yeux" une fois installé à terre.

"Moi j’ai vu les barrages, les rond-points, j’ai vu des cendres mais on n’a pas vu ce que vous avez vu", glisse Meilhat, qui a parlé "avec les gens "pour essayer de comprendre ce que veulent les gens".


 




 

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