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Le sort du Lifeline, au large de Malte, suspendu à la solidarité européenne

Le navire humanitaire Lifeline attendait toujours mercredi matin d'être autorisé à accoster sur l'île de Malte, en l'absence du feu vert de certains pays européens d'accepter d'accueillir les 233 migrants qu'il transporte à son bord depuis une semaine.

Le temps presse pour le navire de l'ONG allemande, battant pavillon néerlandais, en quête d'un port d'accueil depuis six jours en Méditerranée. Il a renouvelé dans la nuit sa demande d'entrer à Malte et fait savoir que "de nombreuses personnes à bord souffrent de mal de mer" et que trois se trouvent dans son hôpital.

La décision de faire accoster à Malte la navire humanitaire a été annoncée mardi par l'Italie et la France, les deux pays se disant prêts à accueillir une partie des personnes secourues.

Une solution décidée, selon la presse italienne, lors de la rencontre discrète, lundi soir à Rome, du président français Emmanuel Macron avec le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, le tout en concertation avec diverses chancelleries européennes.

Mais si cinq pays --l'Italie, Malte, La France, le Portugal et l'Espagne-- ont fait part de leur disponibilité pour accueillir des migrants du Lifeline, d'autres manquent à l'appel comme l'Allemagne, selon les médias italiens.

Une attitude que le co-fondateur de Mission Lifeline, Axel Steier, a attribuée mercredi au ministre allemand de l'Intérieur Horst Seehofer.

"Si la situation sur le bateau se dégrade dans les prochaines heures avec des personnes secourues de plus en plus faibles, et des conditions météos qui se dégradent, ce sera à M. Seehofer d'en supporter entièrement les conséquences", a-t-il déclaré dans un communiqué.

- "Cynisme terrible" -

Alors que le dossier des migrants empoisonne les relations entre Paris et Rome, M. Macron, venu mardi rencontrer le pape au Vatican, a semblé jouer l'apaisement en acceptant que son pays accueille une partie des migrants du Lifeline.

La France s'était encore fait vertement critiquer la veille par le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini qui, depuis son arrivée au pouvoir le 1er juin, ne cesse d'accuser M. Macron de ne pas respecter les engagements français en matière d'accueil quand l'Italie a vu arriver quelque 700.000 migrants sur ses côtes depuis cinq ans.

M. Macron a même rejoint mardi certaines critiques de Rome sur le rôle des ONG en Méditerranée. Pour lui, l'ONG allemande Lifeline "a coupé le signal et elle est intervenue en contravention de toutes les règles et des garde-côtes libyens".

"On ne peut pas accepter durablement cette situation car au nom de l'humanitaire cela veut dire qu'il n'y a plus aucun contrôle. A la fin on fait le jeu des passeurs en réduisant le coût du passage pour les passeurs. C'est d'un cynisme terrible", a poursuivi le président français.

Il a également admis que "l'Italie a un fardeau: les centaines de milliers d'exilés qui n'ont pas obtenu l'asile et restent dans une situation de non droit".

M. Salvini, qui est aussi le chef de file de la Ligue (extrême droite) semblait engranger les points, le Lifeline étant le deuxième navire humanitaire interdit d'accoster dans un port de la péninsule en quelques jours.

- Propositions de l'Italie -

"Et de deux ! Après l'Aquarius envoyé en Espagne, c'est désormais au tour du navire de l'ONG Lifeline d'aller à Malte avec ce navire hors-la-loi qui en définitive sera séquestré", s'est réjoui sur Twitter celui qui est également vice-Premier ministre de Giuseppe Conte.

Le gouvernement maltais a annoncé que si le Lifeline arrivait sur l'île, il enquêterait et prendrait des mesures contre le navire "qui a ignoré les instructions données conformément aux règles internationales par les autorités italiennes".

L'Italie tient cette ligne depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement populiste formé de la Ligue et du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème), l'argument phare de M. Salvini étant que certaines ONG sont "complices, consciemment ou inconsciemment des trafiquants".

L'Italie, qui estime ne pas avoir été suffisamment soutenu par ses partenaires européens sur la question migratoire, présentera jeudi au Conseil européen de Bruxelles une série de propositions.

Parmi elles figurent le renforcement des frontières extérieures européennes, l'affirmation du principe selon lequel les navires qui abordent sur les côtes italiennes arrivent dans l'UE, la création de centres de protection dans les pays de transit et davantage de financements pour aider les États d'Afrique qui combattent l'émigration illégale.

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