Nicolas Sarkozy contre-attaque après sa mise en examen: "Ces gens-là sont des assassins"

Nicolas Sarkozy contre-attaque après sa mise en examen:

"Je suis accusé par des proches d'un dictateur, dont nous avons détruit le régime de terreur. Ces gens-là, qui sont des assassins, ne fournissent aucune preuve. Kadafi avait l'habitude de toute enregistrer, de tout photographier. Il n'y a pas la moindre preuve, le moindre élément", s'est justifié durant le JT de TF1 l'ancien chef d'Etat français, Nicolas Sarkozy, mis en examen dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de financement libyen de sa campagne électorale de 2007.


"Je n'ai jamais trahi leur confiance"

"Je pourfendrai cette bande et je ne leur céderai pas un centimètre de terrain", a affirmé M. Sarkozy. "Je ne me plains nullement du traitement qui m'est réservé. La politique c'est fini, mais la France ce n'est jamais fini. Imaginez la gravité de ce qui se joue: si ce qui est dit est vrai, que c'est un complot... Est-ce que ce ne serait pas un scandale plus grave?" s'est-il interrogé. L'ex-président français a encore indiqué sur le plateau de la chaîne ne pas être "venu pour parler de politique". "Je dois aux Français la vérité, je n'ai jamais trahi leur confiance. Les faits remontent à 10 ans. L'enquête a commencé il y a 5 ans. Je dois avoir dépassé les 150 heures de garde à vue, je ne me suis jamais soustrait aux demandes de la justice. Qu'est ce qui pourrait justifier la (mise en) garde à vue? Je ne suis pas au dessus des lois, mais je ne suis pas en dessous non plus."

M. Sarkozy a également nié à plusieurs reprises avoir rencontré en 2005 l'intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine afin qu'il lui remette de l'argent pour le financement de sa campagne. Il admet toutefois l'avoir vu à deux reprises lorsque M. Takieddine faisait la traduction en 2003 et 2004. L'ancien chef de l'Etat, 63 ans, a été mis en examen (inculpé) pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de fonds publics libyens", ce qui marque un coup d'accélérateur dans cette affaire instruite par des magistrats français depuis près de cinq ans. L'ex-président nie les faits qui lui sont reprochés. Sa garde à vue, qui avait débuté mardi dans les locaux de l'office anticorruption (Oclciff) à Nanterre, près de Paris, s'était terminée mercredi en fin d'après-midi. Elle a duré en tout 26 heures. 


Que lui reproche-t-on?

Si les juges d'instruction ont décidé de mettre l'ex-président de la République en examen, après quelque 24 heures de garde à vue, c'est qu'ils estiment qu'il existe des "indices graves et concordants" à son encontre.

Il a été mis en examen pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournement de fonds publics libyens".

L'ancien chef de l'Etat se retrouve donc en première ligne dans cette affaire qui mobilise les juges depuis 2013, rattrapé par les fantômes de la Libye de Kadhafi, même s'il a toujours catégoriquement nié les accusations.

Mercredi, face au juge Serge Tournaire, il a affirmé qu'il s'agissait d'une "calomnie" et qu'il n'y avait "aucune preuve matérielle" contre lui.


Quels sont les éléments au mains de la justice?

Depuis la révélation d'une note par Mediapart en 2012, attribuée à l'ex-chef des services secrets extérieurs libyens, les investigations ont progressé, mais se heurtent à l'absence de preuves formelles. Les juges disposent, d'une part, des témoignages d'anciens dignitaires libyens et de l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, et, d'autre part, d'indices en lien avec des transactions suspectes qui accréditent la thèse d'un financement libyen. Les juges ont-il obtenu de nouveaux éléments issus d'investigations internationales?

Selon Le Monde, plusieurs anciens responsables du régime déchu de Mouammar Kadhafi ont livré de nouveaux éléments à la justice ces dernières semaines.


D'où vient une partie des espèces de la campagne de 2007?

En septembre 2017, un rapport des policiers anti-corruption de l'Oclciff a révélé l'"ampleur de la circulation d'espèces" dans l'entourage du candidat Sarkozy pendant sa campagne victorieuse, conduisant à élargir l'enquête à des soupçons de "financement illégal de campagne électorale".

Eric Woerth, trésorier de la campagne, et son adjoint, Vincent Talvas, ont assuré qu'il s'agissait de récompenser les membres de l'équipe, via des enveloppes contenant de 200 à 2.000 euros.

Interrogés sur l'origine des fonds, ils soutiennent qu'ils proviennent de dons anonymes par courrier, une explication "captieuse" pour les enquêteurs, démentie par d'autres témoignages.

M. Woerth avait précisé "avoir fait le choix de ne pas informer le candidat ni son directeur de campagne de cette circulation d'espèces".

Les juges pourraient avoir fait le rapprochement avec les sommes qui, selon d'anciens dignitaires libyens et le sulfureux Ziad Takieddine, auraient été remises à Nicolas Sarkozy et à son entourage.

En novembre 2016, M. Takieddine avait affirmé avoir remis entre fin 2006 et début 2007 cinq millions d'euros à M. Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à Claude Guéant, son directeur de cabinet à l'époque.


Quels témoignages attendre encore?

Les enquêteurs français souhaitent entendre deux personnages clés, mais pour l'heure inaudibles, tous deux hospitalisés à l'étranger.

Le premier, Bachir Saleh, est l'ancien grand argentier de Mouammar Kadhafi. Visiteur régulier des autorités françaises de l'époque, il est cité dans deux opérations suspectes au coeur de l'enquête. Les juges ont fait le déplacement en 2017 en Afrique du Sud, où il était en exil, pour l'interroger mais il a fait valoir son droit au silence. Depuis, il a été blessé par balles fin février mais ses jours ne sont pas en danger.

L'autre, l'homme d'affaires Alexandre Djouhri, a été arrêté à Londres en janvier et devrait savoir en juillet s'il est extradé en France. Il avait refusé par le passé de se rendre aux convocations des enquêteurs. Souffrant de problèmes cardiaques, il est lui aussi actuellement hospitalisé.

Tous deux voient leur nom apparaître dans la vente suspecte en 2009 d'une villa à Mougins (sud-est de la France) à un fonds libyen géré par Bachir Saleh. Les juges soupçonnent Alexandre Djouhri d'avoir été, derrière plusieurs prête-noms, le véritable propriétaire du bien et de l'avoir cédé pour 10 millions d'euros, soit plus du double du prix du marché. Une transaction qui aurait pu permettre de dissimuler d'éventuels versements occultes.

Autre personnage clé, le fils de Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam, a été l'un des premiers en 2011 à faire état d'un possible financement libyen.

Vos commentaires