En ce moment
 

Mohamed Merah: le visage du tueur

En savoir plus

Mise à l'écart

Un sentiment de mise à l'écart et de rejet par la République peut conduire certains jeunes à un "itinéraire de déconstruction", estime Philippe Faucon, le réalisateur de "La Désintégration" qui note l'absence de prise en compte de ces situations dans le discours politique. "On en parle très peu ou pas du tout, ou alors sous forme de stigmatisation. On ne sait plus parler à ces jeunes gens, il y a comme une panne du discours politique", a indiqué le cinéaste à l'AFP.
 
 "La Désintégration", sorti en salles en février, retrace le parcours de trois garçons de banlieues, petits malfrats ou jeunes diplômés désabusés, endoctrinés par un prêcheur salafiste qui va les conduire au terrorisme. Un itinéraire qui aurait pu tenter Mohamed Merah, ce Toulousain de 23 ans considéré comme le principal suspect des tueries de Toulouse et Montauban.
 
Philippe Faucon, qui a travaillé avec des sociologues, des gens de terrain et rencontré des jeunes qui furent tentés par l'aventure du Jihad dans les maquis afghans ou irakiens pour nourrir son film, estime que ces jeunes "ont un sentiment de mise à l'écart, de ne pas appartenir complètement et réellement à la société dans laquelle ils ont grandi, au même titre que les autres".

Le Toulousain de 23 ans, cerné par les hommes du RAID et soupçonné des tueries de Toulouse et de Montauban, s'appelle Mohamed Merah. C'est un Français d'origine algérienne.

Le suspect cerné par la police, soupçonné de sept meurtres à Toulouse et Montauban, est Mohammed Merah, 23 ans, Français d'origine algérienne, a-t-on appris mercredi de source proche de l'enquête. Il est né le 10 octobre 1988 à Toulouse. Il a séjourné en Afghanistan et au Pakistan et, recalé par l'armée française, est passé de la délinquance à l'islamisme radical. Cet homme "se revendique être un moudjahid" (combattant de Dieu) et "appartenir à Al-Qaïda", selon le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

> VIDEO AMATEUR: LE TUEUR A 21 ANS ET FAIT DES DERAPAGES AU VOLANT D'UNE VOITURE (FRANCE 2)

De la petite délinquance à Toulouse à l'Afghanistan

Condamné "à 15 reprises par le tribunal pour enfants de Toulouse" quand il était mineur, dont "quatre ou cinq" fois pour des faits de violence, il présente un "profil d'autoradicalisation salafiste atypique" car il ne peut être rattaché à "une organisation structurée connue", a précisé le procureur de Paris, François Molins. Né le 10 octobre 1988 à Toulouse, Mohamed Merah a effectué un séjour en Afghanistan où il s'était rendu en 2010 "par ses propres moyens". Il a ensuite été en 2011 dans le Waziristan, une partie des zones tribales du nord-ouest du Pakistan, à la frontière afghane, où "il explique qu'il a été formé par Al-Qaïda". Il présentait "des troubles du comportement lorsqu'il était mineur" mais a su, lors de sa "dérive" radicale, ne plus se manifester à l'attention, selon le procureur.

Copains: "Ce n'est pas la personne que l'on connait, on a appris à la télé qu'il avait été en Afghanistan"

Ce garçon, mince, haut de 1m75, a reçu une formation de carrossier, selon une connaissance à Toulouse. Il "affiche des ressources plutôt modestes" mais loue "des véhicules au mois et a plusieurs points de chute en matière de logement", a souligné le procureur de Paris. Il a "un parcours assez solitaire" et "peut rester enfermé assez longtemps chez lui", à regarder des "scènes de décapitation". Dans le quartier toulousain des Izards dont il est originaire, un jeune le décrivait pourtant comme "gentil, calme, respectueux et généreux". "Il priait, mais ce n'était pas un extrémiste", assurait un autre. "Il ressemble à un jeune de maintenant. Il aime le foot, la moto, les voitures, les filles. Il n'avait aucun lien particulier avec la religion, ne portait pas de barbe, il allait en boîte. Je l'ai vu dimanche, il était très calme, normal. On ne parlait pas de politique", a dit Samir, un ami d'enfance . "Il s'était fait une crête rouge l'été dernier. Plus que fashion, je dirais plutôt punk", déclarait encore un camarade.

Kamel, l’un de ses camarades de classe en primaire se dit choqué par l’annonce de la nouvelle: "On est traumatisés par ce qui s’est passé. On n'imaginait pas qu'il ait fait ça, ce n'est pas la personne que l'on connaît. C'est ce matin à la télé qu'on a appris qu'il était allé en Afghanistan." Kamel ajoute: "Je n'ai pas envie qu'on l'abatte, car on ne saurait jamais pourquoi il a fait ça. Je l'ai croisé en boîte il y a trois semaines, il fumait une chicha. Quelqu'un qui va en boîte, ce n'est vraiment pas un salafiste."

Radicalisation en prison

Le suspect a tenté de s'engager en 2008 dans l'Armée de terre et deux ans plus tard dans la Légion étrangère, selon la Défense. Selon une source policière, c'est en prison qu'il a rencontré des islamistes radicaux. M. Merah a été détenu en France "entre décembre 2007 et septembre 2009", a dit sur France 2 son avocat de l'époque Christian Etelin.
 
En février dernier, il a été condamné à un mois de prison ferme pour "une vieille affaire" de conduite sans permis et devait voir un juge en avril pour aménager cette peine, selon Me Etelin.

Aucun regret

"Une caméra a été retrouvée dans un sac dont il avait confié la garde à une personne de sa connaissance" mais il n'y a "pas de traces concrètes pour le moment" qu'il ait diffusé sur internet des images des tueries, selon M. Molins. Le jeune homme "n'exprime aucun regret, sinon de n'avoir pas eu le temps de faire plus de victimes, et se vante même d'avoir mis la France à genoux", a-t-il souligné.
 
Le tueur présumé a expliqué aux négociateurs qu'il avait "voulu venger la mort d'enfants palestiniens" en s'en prenant le 19 mars à une école juive et a expliqué l'assassinat des trois parachutistes par son opposition aux interventions étrangères de l'armée française, notamment en Afghanistan. Il a également évoqué la loi interdisant la dissimulation du visage en France.

Appui d'Al-Qaida ?

M. Guéant a révélé sur TF1 que le suspect a dit avoir refusé de commettre un attentat suicide pour Al-Qaïda mais avoir accepté "une mission générale" pour un attentat en France. L'enquête devra déterminer si cet individu a agi seul ou avec l'appui d'une cellule et s'il appartient à Al-Qaïda comme il le prétend. "Les 'loups solitaires' ont toujours tendance à s'inscrire dans une organisation beaucoup plus vaste qui les dépasse", souligne un spécialiste d'Al-Qaïda, Jean-Pierre Filiu, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.

Vos commentaires