Nicolas Hulot quitte le gouvernement français: voici ses raisons

Nicolas Hulot quitte le gouvernement français: voici ses raisons

Après un an d'atermoiements et faute d'obtenir des avancées suffisantes en matière d'environnement, le ministre français de la transition écologique Nicolas Hulot a annoncé ce mardi qu'il avait pris la décision de quitter le gouvernement.

"Je prends la décision de quitter le gouvernement", a déclaré Nicolas Hulot sur France Inter, après avoir confié qu'il se sentait "tout seul à la manoeuvre" sur les enjeux environnementaux au sein du gouvernement.

Nicolas Hulot a précisé qu'il n'avait prévenu ni le président ni le premier ministre de cette décision, par crainte qu'ils ne le convainquent de rester au gouvernement: "Ils m'en auraient encore une fois dissuadé".

"C'est une décision d'honnêteté et de responsabilité", a-t-il déclaré.

"Le Premier ministre, le président de la République, ont été pendant ces 14 mois à mon égard d'une affection, d'une loyauté et d'une fidélité à toute épreuve", a confié le ministre, mais malgré cela, le gouvernement n'a pas su donner la priorité aux enjeux environnementaux, a-t-il plaidé, estimant n'avoir pu obtenir que des "petits pas".

"Je n'y crois plus", a-t-il finalement résumé, assurant ne pas regretter "une seconde" d'avoir accepté le poste mais faire ainsi "un acte de sincérité".


Analyse d'un costume de ministre qu'il a toujours trouvé inconfortable

Aux avant-postes de la défense de l'environnement depuis près de 30 ans, Nicolas Hulot a été pendant 15 mois un ministre populaire se défendant sans cesse d'être au bord de la démission d'un poste qui ne l'a jamais fait rêver.

Nommé pour la première fois ministre en mai 2017 après avoir refusé maintes sollicitations, il a passé des mois sous la loupe de journalistes à l'affût du moindre signe de ras-le-bol et de défenseurs de l'environnement attendant de lui qu'il soit plus qu'une "caution verte" pour le gouvernement.

Celui que le président Emmanuel Macron a décrit comme "un inquiet" qui n'est "jamais satisfait" a sans cesse rejeté les rumeurs de démission et les accusations de renoncement, sur la sortie du nucléaire ou sur l'exploitation des hydrocarbures.

L'ex-présentateur de l'émission "Ushuaïa" s'était pourtant précédemment amusé des commentaires récurrents sur ses premiers mois de ministre de la Transition écologique, assurant en janvier qu'avaler des couleuvres n'était pas dans ses "talents".

Il reconnaissait malgré tout des "déconvenues, de l'impatience et même parfois des éruptions de colère" quand les choses n'avançaient pas assez vite.

Juste après sa victoire sur Notre-Dame-des-Landes, il décrivait le "plaisir monstrueux" qu'il aurait à retourner dans l'ombre, assurant que ce poste serait son "ultime expérience publique".

Mais malgré les déceptions, certains défenseurs de l'environnement continuaient à voir en lui le meilleur avocat de la cause qu'il défendait depuis des décennies notamment en ayant eu l'oreille des présidents Chirac, Sarkozy et Hollande.

L'ancien militant de 62 ans, qui s'était donné "un an" pour juger de son utilité au gouvernement, restait parmi les personnalités politiques préférées des Français, selon des sondages.


Une entrée en politique en plusieurs temps

En 2017, après une campagne présidentielle où il n'avait soutenu aucun candidat, et avait finalement voté pour pour le socialiste Benoît Hamon, il avait accepté de se mettre au service d'Emmanuel Macron, une belle prise pour le nouveau président. Un an plus tôt, il avait renoncé à la course présidentielle, alors qu'il était crédité de 10% des voix dans les sondages.

L'écologiste au caractère secret confiait "ne pas être fait pour la politique telle qu'elle se pratique aujourd'hui", "un monde où les violences et les tensions sont énormes". "Mon plus grand trésor, c'est mon indépendance", disait-il avant de dire oui à Emmanuel Macron.

En janvier 2016, sollicité par François Hollande pour entrer au gouvernement, il avait décliné, faute d'assurances suffisantes sur l'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes, la renégociation du traité de libre échange UE-Canada (Ceta) et une réforme de la fiscalité.

Dans la perspective de la COP21, il avait été pendant trois ans son "envoyé spécial pour la planète", avec un bureau à l'Elysée.

Ce compagnonnage au plus haut sommet de l'Etat avait débuté avec Jacques Chirac, croisé à la fin des années 90. Au sommet de la Terre de Rio (2002), les deux hommes rencontrent ensemble Nelson Mandela et Hulot devient un visiteur régulier à l'Elysée.

En 2007, il hésite -déjà- à se présenter à la présidentielle avant d'imposer son "Pacte écologique" aux candidats. Nicolas Sarkozy le signe et, aussitôt élu, lance le Grenelle de l'Environnement, concertation qui débouche sur deux lois importantes. Mais l'abandon du projet de taxe carbone refroidit les relations entre Hulot et Sarkozy, avant même la déclaration de ce dernier sur l'écologie qui "commence à bien faire".

En 2009, l'échec commercial de son film "Le syndrome du Titanic", critiqué pour son catastrophisme, le plonge dans le doute.

En 2011, il franchit le pas en se présentant à la primaire des Verts, un parti pas toujours tendre avec lui, mais les militants préfèrent Eva Joly.

Comme à chaque déconvenue, le natif de Lille, élevé à Paris, se replie dans sa maison en Bretagne, où il vit avec sa femme et ses enfants. La lecture et le kite-surf aident le "commandant couche-tôt" à se ressourcer.

Au fil des ans, son discours insiste davantage sur les liens entre écologie et solidarité. Il avait d'ailleurs dans son porte-feuille de ministre l'économie sociale et solidaire.


Son bilan?

Notre-Dame-des-Landes

L'abandon en janvier 2018 par le gouvernement de la construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes a été une victoire politique importante pour Nicolas Hulot, opposant de longue date à ce projet qu'il jugeait "ruineux, inhumain et inutile".

Beaucoup conditionnaient son maintien au gouvernement à l'issue de ce dossier, même si le ministre, depuis sa nomination, s'était mis en retrait de sa gestion.

Glyphosate

En novembre 2017, l'UE prolonge pour cinq ans la licence du glyphosate, herbicide controversé accusé par certains de provoquer des cancers.

Immédiatement, Emmanuel Macron assure que la France reste déterminée à en sortir en trois ans, position défendue par Nicolas Hulot contre son collègue de l'Agriculture Stéphane Travert qui plaide pour cinq à sept ans.

Mais depuis, la possibilité de dérogations a été annoncée, et les députés ont rejeté un amendement, publiquement soutenu par Nicolas Hulot, visant à inscrire dans la loi l'interdiction du pesticide.

Nucléaire

En novembre 2017, Nicolas Hulot annonce que la France ne pourra pas tenir l'objectif de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% en 2025.

Les ONG de défense de l'environnement dénoncent une victoire du lobby nucléaire et une "reculade" du ministre, certaines doutant de l'utilité de sa présence au gouvernement.

Alors que Nicolas Hulot dénonce une "dérive" de la filière nucléaire, les modalités de réduction de la dépendance du pays à l'atome doivent être précisées dans les prochaines semaines dans la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

En attendant, les mesures en faveur de l'énergie solaire ont laissé les acteurs du secteur sur leur faim, tout comme le plan de rénovation énergétique des bâtiments.

Loi sur les hydrocarbures

Le Parlement adopte en décembre 2017 la loi, portée par Nicolas Hulot, sur la fin de la recherche et de l'exploitation des hydrocarbures en France d'ici 2040.

Pour le ministre, ce texte marque la première étape vers la fin des énergies fossiles. Mais certains écologistes lui reprochent l'octroi de dérogations.

Loi Alimentation

En décembre 2017, Nicolas Hulot boude la clôture des Etats généraux de l'Alimentation, pilotés par Stéphane Travert.

Selon des déclarations rapportées par Le Monde, il estime que "le compte n'y est pas", avant de nuancer ses propos.

En cours de discussions, le projet de loi Alimentation issu des Etats généraux est dénoncé comme une "coquille vide" par des ONG qui espéraient une transition vers une agriculture "saine et durable".

Biodiversité

De la gestion des plastiques à la réduction de l'artificialisation des sols, Nicolas Hulot et le Premier ministre Edouard Philippe présentent en juillet 90 mesures pour enrayer la disparition accélérée de la biodiversité.

Les défenseurs de l'environnement regrettent le manque de moyens associés à un plan ambitieux, à l'esprit toutefois plus incitatif que contraignant.

Qualité de l'air

Les plans d'action présentés par Nicolas Hulot et plusieurs agglomérations ne sont pas suffisants pour empêcher en mai le renvoi de la France devant la Cour européenne de Justice pour non respect de ses obligations en matière de qualité de l'air.

En attendant la future loi "mobilités", un plan visant à favoriser les alternatives à la voiture traditionnelle a été annoncé en juillet. Les ONG attendent aussi des mesures fortes en faveur du vélo.

Environnement dans la Constitution

Les députés ont donné en juillet leur feu vert à l'inscription de la "préservation de l'environnement" et de la lutte contre le changement climatique à l'article 1er de la Constitution, avant que l'examen de la révision constitutionnelle ne soit suspendu jusqu'à la rentrée.

Accord UE-Canada

L'accord de libre-échange UE-Canada (Ceta), auquel Nicolas Hulot s'oppose depuis longtemps, entre en vigueur de façon provisoire et dans sa quasi-totalité le 21 septembre 2017.

En octobre, le gouvernement présente un plan d'action pour tenter de lever les inquiétudes environnementales et sanitaires. Trop limité, selon certaines ONG. Et tributaire de la volonté de la Commission européenne.

Si les "effets néfastes" ne sont pas corrigés, les parlementaires devront "en tirer les conséquences" lors de la future ratification, déclare alors Nicolas Hulot.

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