"Gilets jaunes": mobilisation nationale à Bourges et Paris à trois jours du grand débat

A trois jours du débat national censé apaiser leur colère, des dizaines de milliers de "gilets jaunes" sont de nouveau dans les rues samedi partout en France pour l'acte 9 de leur contestation contre la politique sociale et fiscale du gouvernement, notamment à Paris et à Bourges, Caen ou Rouen.

Ces derniers jours, le gouvernement a durci le ton en annonçant qu'à "l'ultra-violence" il opposerait "l'ultra-fermeté". Et le dispositif a été renforcé en vue de rassemblements plus importants et plus violents.

Mais en début d'après-midi, les premiers rassemblements se déroulent globalement dans le calme, sans incident notable.

Le patron de la police nationale estimait avant le week-end que la mobilisation pourrait retrouver le niveau d'avant Noël : le 15 décembre, 66.000 personnes avaient été décomptées en France, selon des chiffres officiels contestés par les "gilets jaunes".

Dans ce climat qui se dégrade, le préfet de police de Paris redoutait "plus de radicalité", affirmant observer "semaine après semaine une dérive vers des comportements de plus en plus violents".

Plusieurs milliers de manifestants défilaient toutefois dans le calme dans la capitale à la mi-journée, a constaté un journaliste de l'AFP. Partis du ministère des Finances, à Bercy, en fin de matinée, ils doivent se disperser vers 17H00 place de l'Etoile, en haut des Champs-Elysées.

Sous le mot d'ordre "On va faire les soldes à Paris !", cette manifestation a été relayée notamment par Eric Drouet, l'une des figures du mouvement qui a commencé il y a deux mois.

- "Plus de pouvoir d'achat" -

Parmi les slogans récurrents: "Libérez Christophe", en référence à l'ex-boxeur Christophe Dettinger filmé en train de frapper deux gendarmes samedi dernier lors de la manifestation des "gilets jaunes" et écroué depuis dans l'attente de son procès.

"Le rendez-vous était devant Bercy pour demander à Darmanin et toute la clique du gouvernement plus de pouvoir d'achat dans le portefeuille", explique à l'AFP Gérald, un intérimaire de 44 ans venu de Dijon. "Ensuite on part faire du shopping dans Paris vers les grands magasins, les Champs-Elysées", shopping "symbolique" "parce que nous on n'a pas les moyens", a-t-il ajouté.

Quarante-trois personnes ont été interpellées à Paris depuis samedi matin, notamment pour port d'arme prohibée ou participation à un groupement en vue de commettre des violences.

Un fort dispositif policier était en outre déployé place de l'Etoile avec la présence notamment de quatre véhicules blindés à roues de la gendarmerie.

"Pour moi, le grand débat, c'est une foutaise. Nous on veut plus parler, on veut des actions", estime Charlotte, 34 ans, venue d'Albertville.

D'autres leaders du mouvement, Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle, ont pour leur part appelé pour la première fois depuis le début des manifestations à un grand rassemblement à Bourges, selon eux "au centre de la France".

Quelques 1.500 personnes étaient rassemblées dans le calme avant le départ cette manifestation, a constaté un journaliste de l'AFP. "Ne nous arrêtons pas de rêver", leur a lancé Maxime Nicolle.

La préfecture du Cher a interdit tout rassemblement dans le centre historique, quinze interpellations préventives ont eu lieu dans la matinée et les musées, jardins et bâtiments publics de la ville demeurent fermés.

"On attend des mesures concrètes, les annonces de Macron ce sont des miettes payées par les contribuables. Il parle de faire des efforts mais c'est à eux d'en faire, il y a tellement d'abus de privilèges chez les élus", dénonce Carole Rigobert, 59 ans, auxiliaire de vie venue du Jura en voiture avec son mari.

Vendredi, le chef de l'Etat a en effet loué "le sens de l'effort", ajoutant que "les troubles que notre société traverse sont parfois dus au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu'on peut obtenir" quelque chose "sans que cet effort soit apporté".

Il a appelé les Français à se saisir de la "très grande opportunité" que représente le grand débat, qui doit débuter mardi mais qui ne semble pas convaincre les "gilets jaunes" pour l'instant.

- 80.000 forces de l'ordre déployées-

A Rouen, le cortège réunissant quelque 2.500 personnes a été émaillé de tirs de gaz lacrymogènes en début de manifestation. Deux ou trois policiers en civil ont été frappés à coups de poing par des manifestants avant de se mettre en sécurité. A Caen, environ 2.500 personnes se sont rassemblées, selon la préfecture, dans une ambiance globalement festive.

A Strasbourg, le cortège - 1.500 personnes, selon la préfecture - a été émaillé de jets de projectiles et de grenades lacrymogènes.

Ils étaient aussi 700 à 800 à Nîmes à défiler en demandant "l'abolition de la Ve République", 3 à 400 à Nice "pour protester contre le démantèlement des rond-points", et d'autres rassemblements sont prévus un peu partout en France dans l'après-midi.

Le niveau de mobilisation des forces de l'ordre a retrouvé son niveau de la mi-décembre avec 80.000 forces de l'ordre déployées, dont 5.000 à Paris.

Les images des émeutes dans les rues de Paris notamment le 1er décembre avaient choqué en France mais aussi à l'étranger, entrainant une baisse du nombre de touristes dans la capitale ces derniers mois.

Depuis le début du mouvement, 10 personnes sont décédées sur des points de blocage et plus de 1.600 personnes ont été blessées dont 58 gravement. Vendredi soir, un homme qui participait à un barrage filtrant de "gilets jaunes" sur une autoroute en Belgique est mort renversé par un camion.

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