Nucléaire: Washington veut convaincre Moscou de respecter les traités

Nucléaire: Washington veut convaincre Moscou de respecter les traités
Le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, le 30 janvier 2018 à WashingtonNICHOLAS KAMM
Russie

Avec sa nouvelle doctrine nucléaire, qui prévoit le développement de deux nouvelles armes nucléaires, Washington cherche à convaincre Moscou de respecter les accords de non-prolifération, notamment le traité INF, a indiqué mardi le ministre américain de la Défense Jim Mattis.

"Comme vous le savez, nous avons un problème avec les violations par la Russie du traité INF" sur les armes nucléaires à portée intermédiaire, a déclaré M. Mattis lors d'une audition au Congrès. "Je veux m'assurer que nos négociateurs ont quelque chose à négocier (...) en position de force".

"Nous allons rester dans les limites du traité INF mais nous allons lancer un programme de recherche et développement pour une arme supplémentaire qui devrait placer la Russie dans une position où elle verra l'intérêt de revenir au respect du traité INF", a ajouté le ministre américain, interrogé à la Chambre des représentants sur la nouvelle "Posture nucléaire" de Washington publiée vendredi.

Les Etats-Unis accusent depuis plusieurs mois la Russie d'avoir développé un nouveau missile nucléaire de portée intermédiaire qui viole le traité INF, signé par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev et entré en vigueur en 1988. Moscou dément et assure respecter le traité.

En présentant cette nouvelle doctrine, le Pentagone a annoncé son intention de se doter de deux nouvelles armes nucléaires: un nouveau type de missile nucléaire de faible puissance, qui sera lancé depuis un sous-marin (une catégorie qui n'est pas visée par le traité INF), et un nouveau type de missile nucléaire de croisière qui violerait l'accord INF.

Lors d'une rencontre avec la presse avant la présentation de la nouvelle doctrine, le responsable des capacités stratégiques à l'état-major américain Greg Weaver avait noté que ce nouveau missile --qui n'entrerait en service que dans sept à dix ans-- ne représenterait une violation du traité que s'il était déployé.

Lancer le programme de recherche et développement n'était pas interdit par l'accord, a-t-il ajouté.

- Accusations croisées -

"Les Etats-Unis ne violent pas les traités de contrôle" des armements, avait-il ajouté. "Donc nous ne franchirons pas la ligne rouge de violation du traité INF sans prendre la décision de nous en retirer", avait-il relevé.

"Mais ce n'est pas notre intention de nous retirer. Nous avons conclu qu'il était dans notre intérêt de rester dans le traité INF tant que la Russie le respecte", avait poursuivi M. Weaver, soulignant que le nouveau missile de croisière pourrait être abandonné "si la Russie acceptait de revenir à des mesures vérifiables de contrôle des armes nucléaires".

Mardi, M. Mattis a indiqué avoir discuté de la question ces derniers mois avec les alliés de l'Otan. "Je leur ai dit clairement que notre approche n'était pas de nous retirer du traité INF", a-t-il dit.

Parallèlement, Washington a rappelé au cours du week-end à Moscou ses obligations envers le nouveau traité de réduction des armes stratégiques START, signé en 2010 avec la Russie et entré en vigueur en 2011.

Ce traité prévoit une réduction de 30% du nombre de têtes nucléaires détenues par les deux superpuissances atomiques --elles concentrent à elles seules plus de 90% des armes de ce type-- et des vérifications mutuelles plus transparentes.

Lundi, la diplomatie russe a indiqué dans un communiqué que Moscou "respecte pleinement ses obligations de réduction des armements stratégiques offensifs", assurant que les Etats-Unis recevront rapidement une notification officielle et les données en matière de désarmement qu'ils réclament.

Les Etats-Unis accusent la Russie de moderniser un arsenal de 2.000 armes nucléaires tactiques en contournant ses obligations selon le traité New START qui ne comptabilise que les armes stratégiques, servant de fondement à la doctrine de la dissuasion.

De son côté, la Russie accuse les Etats-Unis de violer le traité INF avec leurs systèmes anti-missiles déployés en Europe et au Japon.

"Les Etats-Unis les déploient sur leurs bases militaires en Roumanie et en Pologne, soit près de nos frontières occidentales, ce qui va à l'encontre du traité INF de 1987 interdisant le déploiement de tels systèmes à terre," affirmait en décembre le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov.

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