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Coup de tonnerre sur l'Église: condamné, le cardinal Barbarin remet sa démission

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Le cardinal Philippe Barbarin va remettre sa démission au pape après sa condamnation, jeudi, à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d'un prêtre, une onde de choc qui se propage à toute l'Église.

"J'ai décidé d'aller voir le Saint-Père pour lui remettre ma démission. Il me recevra dans quelques jours", a annoncé le prélat de 68 ans devant la presse, le visage grave, après avoir dit "prendre acte de la décision du tribunal", dont il va faire appel.

La présidente de la 17e chambre correctionnelle, Brigitte Vernay, l'a déclaré "coupable" de ses silences sur les agressions pédophiles imputées par des scouts - avant 1991 - au père Bernard Preynat, dont il fut prévenu par une victime en 2014. Ce prêtre n'a pas encore été jugé.

Archevêque de Lyon depuis 2002, cardinal depuis 2003, primat des Gaules, Mgr Barbarin, qui ne s'est pas déplacé au palais de justice jeudi, est le plus haut dignitaire catholique français. Avant lui, deux évêques ont déjà été condamnés pour des faits similaires en 2001 et 2018 mais depuis trois ans, le scandale lyonnais incarne la crise de l'Église face à la pédophilie.

Le jugement reproche au religieux - qui avait martelé durant le procès, début janvier, n'avoir "jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles" - d'avoir "fait le choix en conscience" de ne rien dire aux autorités judiciaires "pour préserver l'institution à laquelle il appartient".

"En voulant éviter le scandale (...) Philippe Barbarin a préféré prendre le risque d'empêcher la découverte de très nombreuses victimes d'abus sexuels par la justice, et d'interdire l'expression de leur douleur", ajoute le tribunal.

- "Pression médiatique" -

La défense du prélat a immédiatement annoncé qu'elle ferait appel.

"La motivation du tribunal ne me convainc pas. Nous allons donc contester cette décision par toutes les voies de droit utiles", a déclaré Me Jean-Félix Luciani, relevant qu'il "était difficile pour le tribunal de résister à une telle pression médiatique avec des documentaires, un film... Ça pose de vraies questions sur le respect de la Justice".

A l'audience, la procureure Charlotte Trabut n'avait pas requis de peine à l'encontre de Mgr Barbarin et de cinq anciens membres du diocèse poursuivis avec lui, conformément à la décision initiale du parquet de classer l'affaire.

Les autres prévenus n'ont pas été condamnés, le tribunal considérant que les faits n'étaient pas constitués pour quatre d'entre eux et prescrits pour le dernier. Les juges ont balayé, en revanche, les arguments de la défense.

Pour eux, Mgr Barbarin aurait dû dénoncer les faits dès 2010, quand il s'entretint avec le père Preynat sur son passé. Mais cette période est prescrite. Elle ne l'est pas en revanche depuis 2014, quand l'archevêque rencontra l'une des victimes, Alexandre Hezez, qui l'alerta sur son cas et, potentiellement, beaucoup d'autres.

"L'obligation de dénoncer s'imposait", affirment les magistrats, là où la défense considère que l'ancien scout pouvait porter plainte de son propre chef - ce qu'il fit en 2015.

- "Entendues, écoutées, reconnues" -

"La responsabilité et la culpabilité du cardinal ont été consacrées par ce jugement. C'est un symbole extraordinaire. Une grande émotion historique", a commenté l'un des avocats des neuf plaignants, Me Yves Sauvayre.

François Devaux, cofondateur de l'association de victimes "La Parole libérée" qui a soutenu la procédure, salue "une grande victoire pour la protection de l'enfance", qui "envoie un signal très fort à beaucoup de victimes et leur permet de comprendre qu'elles sont entendues, écoutées et reconnues".

Quant à la démission annoncée de Mgr Barbarin, que la Conférence des évêques de France n'a pas commentée, il juge qu'elle arrive "trop tard pour l'Eglise": "la décision aurait dû être prise depuis très longtemps. C'est le pape qui aurait dû la prendre".

La condamnation des silences de l'archevêque lyonnais - "petit sujet d'étonnement" aux yeux de l'archevêque de Lille, Mgr Ulrich, qui y voit cependant "un peu d'apaisement" pour les plaignants - intervient après un sommet inédit, fin février, de la hiérarchie catholique à Rome, où le pape a promis "une lutte à tous les niveaux" contre la pédophilie.

Un membre éminent du Vatican, le cardinal espagnol Luis Ladaria Ferrer, avait été consulté par son homologue lyonnais sur le cas du père Preynat. Il avait conseillé de l'écarter "en évitant le scandale public", consigne suivie à la lettre.

Rome a refusé qu'il comparaisse à Lyon mais la partie civile ne désespère pas "d'aller le chercher": "après la condamnation du numéro trois en Australie, ça finirait le travail", estime l'avocat Jean Boudot.

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