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Pour les patrons, l'Etat doit réduire davantage ses dépenses en 2019

Pour les patrons, l'Etat doit réduire davantage ses dépenses en 2019
Le Medef a déclaré qu'il perçoit aujourd'hui "des signaux contradictoires"Jacques DEMARTHON

Réduire les dépenses, diminuer les charges et inciter les entreprises à investir: les organisations patronales estiment que le projet de budget 2019 ne pousse pas suffisamment les réformes qu'ils jugent indispensables.

"On ne perçoit pas un effort, significatif à nos yeux, s'agissant de la baisse de la dépense publique", déclare à l'AFP le président délégué du Medef, Patrick Martin.

"Sur ce point essentiel, ce projet de loi nous paraît timoré", regrette le numéro deux de l'organisation patronale, qui se demande "comment l'objectif de 50.000 suppressions de postes dans la fonction publique sur l'ensemble du quinquennat pourrait être atteint", avec seulement 4.500 postes en moins prévus l'an prochain.

"On a toujours ce grand déséquilibre qui fait que plus de 56% de la richesse produite passe dans la sphère publique", renchérit François Asselin, président de la CPME.

"Tant que sur le moyen et le long terme on ne résorbera pas ce grand déséquilibre, l'Etat aura toujours beaucoup de mal parce qu'il n'a pas de marge de manœuvre", explique-t-il.

Parmi les éléments déjà connus du projet de budget, certains vont dans le sens du patronat mais d'autres sont sévèrement critiqués, alors que les chefs d'entreprise avaient été choyés l'an dernier pour le premier budget du quinquennat Macron.

Le Medef perçoit aujourd'hui "des signaux contradictoires qui viennent brouiller la lisibilité de la stratégie du gouvernement et de la majorité et peuvent introduire un certain trouble dans l'esprit des chefs d'entreprise", selon son président délégué.

Parmi eux, le report au 1er octobre 2019, au lieu du 1er janvier, d'une baisse de cotisations patronales de quatre points de pourcentage prévue dans le cadre de la réforme du Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). Ce retard coûtera de l'ordre 3 milliards d'euros aux entreprises, selon le Medef.

"Le CICE transformé en baisse de charges est moins intéressant que le crédit d'impôts sur le plan fiscal", relève par ailleurs Alain Griset, président de l'U2P, qui représente surtout des artisans et des professions libérales.

Les patrons, grands ou petits, reconnaissent néanmoins qu'ils seront gagnants en trésorerie l'an prochain, lorsqu'ils percevront le crédit d'impôt au titre de 2018 tout en bénéficiant mois après mois des nouvelles baisses de charges.

- inquiétudes et satisfaction -

Autre point qui fâche, la réforme de la fiscalité des brevets, qui constitue pour le Medef "un très mauvais signal envoyé à l'industrie française".

Pour se conformer aux règles européennes, le gouvernement ne prendra plus en compte les innovations secrètes, qui ne font pas l'objet d'un dépôt de brevet, pour le bénéfice d'un taux d'impôt sur les sociétés divisé par deux.

Les innovations devront aussi avoir été réalisées en France pour donner droit à l'abattement.

"On met en péril l'un des fleurons de notre industrie, la recherche", s'insurge Patrick Martin, qui précise que notamment "la pharmacie est assez inquiète".

Patronat et exécutif s'opposent aussi sur le relèvement de la taxation du gazole pour les industriels.

"C'est encore un élément de fiscalité rampante", s'emporte François Asselin, qui évoque aussi une fiscalité foncière en hausse, en contradiction selon lui avec "une trajectoire fiscale de baisse progressive de l'impôt sur les sociétés (IS) d'ici la fin du quinquennat".

Le taux normal d'IS doit ainsi passer de 33,3% à 31% en 2019, et tomber jusqu'à 25% en 2022.

Côté positif, le patronat relève aussi l'assouplissement du pacte Dutreil sur la transmission d'entreprises.

"Ce qui est proposé dans le cadre du projet de loi de finances est de notre point de vue pragmatique et sera efficace", déclare Patrick Martin.

Très sensible à la transmission patrimoniale, M. Asselin souligne que "la fiscalité est un tout, c'est aussi bien celle du chef d'entreprise que de son entreprise, surtout dans les petites structures".

Pour le Medef, la politique fiscale qui souffle le chaud et le froid sur les entreprises soulève en résumé une "interrogation plus globale sur la constance et la cohérence de ce gouvernement à vouloir réformer".

Or, "c'est essentiel au moment où l'investissement redémarre. Alors que les entreprises françaises ont notoirement sous-investi depuis plusieurs décennies, il ne faudrait pas casser cette dynamique", met en garde M. Martin.

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