Procès Merah: les victimes veulent voir le frère du tueur condamné pour "complicité"

Procès Merah: les victimes veulent voir le frère du tueur condamné pour
Des parties civiles et leurs avocats au procès Merah palais de justice de Paris, le 25 mars 2019Thomas SAMSON

Cette fois, les victimes veulent voir tomber Abdelkader Merah pour "complicité" des crimes de son frère: devant la cour d'assises d'appel, les avocats des familles ont décrit un mentor ayant armé le bras de son petit frère, par un discours de haine mais aussi par sa présence auprès du jihadiste toulousain.

"S'il y a des cours d'appel, c'est bien parce qu'il arrive aux premiers juges de se tromper", a lancé Francis Szpiner, poids lourd du barreau rangé du côté des parties civiles qui ont plaidé vendredi et lundi.

En première instance, la cour d'assises spéciale de Paris avait condamné Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, mais l'avait acquitté du chef de complicité des sept assassinats perpétrés les 11, 15 et 19 mars 2012 à Toulouse et Montauban par son frère Mohamed.

Au côté du principal accusé, Fettah Malki, un délinquant se présentant comme un "commercial" des cités, a été condamné à 14 ans de prison pour avoir fourni à Mohamed Merah un gilet pare-balles et un pistolet-mitrailleur, en ayant connaissance de sa radicalisation.

Sept ans après les assassinats, les familles n'ont toujours pas compris les motivations de la cour, qui avait jugé que "s'il partageait bien les motivations" du jihadiste, "aucun élément" ne montrait qu'Abdelkader Merah "connaissait les objectifs visés et les crimes commis par son frère".

Alors les avocats des victimes sont venus décrire le "rôle central" d'Abdelkader dans la radicalisation de son frère et son "soutien" dans la réalisation des crimes. "S'il n'y a pas d'idéologie, il n'y a pas de crimes", a soutenu Me Patrick Klugman.

Dans ce procès où "on est au delà de l'émotion", où "personne n'a rien à gagner", Simon Cohen, qui défend de nombreuses victimes de l'école Ozar Hatorah, a d'abord tenté de dire l'indicible: "Est-ce qu'on peut dire les petits cercueils?" ou ce hasard douloureux qui "a inversé l'ordre des données", conduisant des parents au bord du tombeau de leurs enfants?

Une dernière fois, les avocats ont fait entendre la voix des morts. Celle des militaires tombés parce qu'ils portaient l'uniforme - Imad Ibn Ziaten, 30 ans, Abel Chennouf, 25 ans, et Mohamed Legouad, 23 ans -, celle d'un professeur et de trois enfants juifs, tués pour ce qu'ils étaient - Jonathan Sandler, 30 ans, ses fils Arié et Gabriel, 5 et 3 ans, Myriam Monsonégo, 8 ans.

- "Sans pression victimaire" -

Ils ont dit leur nom, pour "qu'on ne se souvienne pas que de celui de leur assassin", puis ils ont demandé "justice": une justice "qui va passer sans pression victimaire", a affirmé Me Carole Masliah.

"Nous ne sommes pas en quête d'un os à ronger", a-t-elle affirmé, en référence à une parole d'Abdelkader Merah qui a affirmé à la barre n'être dans le box que parce qu'il fallait un "os à ronger" en l'absence de son frère, tué par la police après son périple meurtrier.

Elle s'interroge: "Qui s'endort chaque nuit en enlaçant le rapport d'autopsie de son petit frère?", "qui se faisait appeler Ben Ben pour Ben Laden dans la cité?", "qui va sur un terrain de foot pour se forger un alibi" le jour du premier meurtre? A toutes ces questions, elle répond: "Abdelkader Merah".

Plusieurs avocats reprennent la chronologie des semaines précédant les crimes, pour dessiner un "jihad en commun" entre frères et tâcher de verrouiller les éléments faibles du dossier: tenter d'assoir la complicité d'Abdelkader pour le vol du puissant scooter qui servira au tueur, de lui attribuer la consultation le 4 mars de la petite annonce d'Imad Ibn Ziaten pour vendre sa moto, et d'affirmer sa présence sur le lieu du crime du militaire le 11 mars.

Que faut-il pour se forger une intime conviction? "Vous n'avez pas besoin de savoir combien de grains de sable il faut pour faire un tas, le tas, vous l'avez sous les yeux!", a affirmé Me Cohen à la cour, avant d'ajouter: "Les démocraties sont mortes de ne s'être pas défendues".

Les réquisitions sont attendues mardi.

Vos commentaires