Quelle est cette "flexisécurité" à la danoise qui inspire Macron ?

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Le président Emmanuel Macron à Copenhague au Danemark, le 28 août 2018LUDOVIC MARIN
travail

En visite au Danemark, Emmanuel Macron ne cesse de citer en exemple le système danois de "flexisécurité", qui conjugue mobilité de l'emploi et indemnisation généreuse du chômage, même si le marché du travail dans les deux pays est difficilement comparable.

Ce modèle en place depuis 20 ans a bien réussi dans ce pays prospère de 5,7 millions d'habitants, où le dialogue social préside à toute réforme, de quoi enthousiasmer le président français, qui estime suivre ses traces.

"A notre arrivée, l'ambassadeur m'a dit: vous arrivez dans un pays où votre programme présidentiel est déjà appliqué", a-t-il raconté alors du dîner d'Etat mardi avec la famille royale.

Le modèle danois "dont l'Europe toute entière gagnerait à s'inspirer" démontre que "l'Etat-providence peut être l'allié de la libre-entreprise et que la compétitivité peut être conciliée avec l'environnement", a-t-il lancé, un "en même temps" qui résonne comme une réplique aux critiques anti-marché de son ministre démissionnaire Nicolas Hulot.

Comme l'indique son nom, la "flexisécurité" permet aux entreprises de se séparer facilement de leurs salariés, qui en échange bénéficient d'allocations-chômage élevées et d'avantage sociaux importants (retraite, congés payés ou parentaux, etc) indépendants de l'ancienneté. Si bien qu'il n'y a presque aucun coût à changer d'employeur.

L'idée a inspiré la politique du gouvernement du social-démocrate Poul Nyrup Rasmussen (1993-2001), alors que le pays combinait une fiscalité parmi les plus lourdes au monde et un taux de chômage dépassant 11%.

Le Danemark choisit en 1994 de simplifier fortement le licenciement et l'embauche.

Pari réussi: avec l'aide d'une conjoncture mondiale favorable, le chômage chutait à moins de 5% dès 2000. Il était en juin à 3,9%, au plus bas depuis près de dix ans.

Encore aujourd'hui, le ministère danois de l'Emploi se félicite qu'"un tiers des salariés chaque année changent d'emploi" et que "les embauchés grimpent rapidement dans l'échelle des salaires".

Au Danemark, grâce à la formation professionnelle, les salariés peuvent changer de vie.

Mais l'indemnisation du chômage n'est plus aussi généreuse qu'elle pouvait l'être: en 2010, sa durée maximale a été réduite de moitié, à deux ans (avec une année supplémentaire sous conditions).

Les conditions d'octroi sont rigoureuses et le contrôle des chômeurs drastique, avec radiation en cas de manquements à la recherche active d'emploi. Au point qu'une majorité de partis sont convenus en août d'adoucir ces obligations.

- Le poids des syndicats -

Le gouvernement Macron voit la "flexisécurité" comme la voie royale contre le chômage de masse. D'où le vote des lois pour assouplir le code du travail, développer la formation professionnelles, étendre l'assurance chômage aux démissionnaires et indépendants et contrôler plus strictement les chômeurs.

Ce qui n'est pas nouveau : François Fillon en 2005, Nicolas Sarkozy en 2007, la vantaient déjà.

Sauf qu'au Danemark, la réforme a été engagée avec l'accord des partenaires sociaux alors qu'en France plusieurs syndicats s'opposent frontalement à une remise en cause du contrat de travail. Le gouvernement n'a d'ailleurs pas osé remettre en cause le CDI.

Par ailleurs le poids des syndicats danois n'est pas le même qu'en France. Les relations avec le patronat sont marquées en outre au Danemark par une confiance mutuelle: près de 70% des salariés danois sont syndiqués contre 8% en France, selon l'OCDE.

Si le travail à temps partiel - subi ou volontaire - est légèrement supérieur au Danemark (25% contre 20% en France), les salaires y sont aussi beaucoup plus élevés: un salarié danois à plein temps perçoit en moyenne 260.000 couronnes danoises (35.000 euros) par an, avant impôts.

Par ailleurs, la formation "tout au long de la vie" au Danemark est considérée comme la plus performante en Europe après la Suède, un atout indispensable pour assurer l'adaptabilité des salariés dans un pays désormais confronté à des pénuries de main d'oeuvre.

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