Réforme du lycée: bientôt les premiers choix pour les élèves de Seconde

Réforme du lycée: bientôt les premiers choix pour les élèves de Seconde
Bientôt l'heure des premiers choix pour les élèves de Seconde Frank Perry
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C'est bientôt l'heure du choix pour les élèves de Seconde: dans quelques jours, ils exprimeront des vœux de spécialités, mises en place par la réforme du lycée, qui supprime les séries et suscite des questionnements, voire des inquiétudes.

Cette semaine au lycée Montaigne à Paris, le proviseur Joël Bianco a convoqué toutes les classes de Seconde pour une séance d'information. Objectif: expliquer et rassurer.

La réforme du lycée doit entrer en vigueur à la rentrée prochaine pour les élèves de Première. Elle supprime les filières (Littéraire, Economique et Social et Scientifique), remplacées par un choix de spécialités.

"C'est à la fois une chance pour vous et un exercice difficile: vous allez devoir choisir des spécialités qui correspondent à vos goûts, à vos capacités, et qui vous préparent au mieux aux études supérieures", lance M. Bianco en préambule.

Pour les conseils de classe du deuxième trimestre, prévus le plus souvent après les vacances de février, les élèves devront établir une première liste de 4 ou 5 spécialités parmi celles offertes par leur établissement (11 maximum). Le choix final de 3 spécialités se fera au mois de juin.

"Est-ce que ne pas choisir les maths peut fermer des portes ?", interroge une élève. "L'enjeu, c'est de prendre les matières dans lesquelles vous vous sentez à l'aise, pour arriver dans l'enseignement supérieur avec le meilleur dossier possible ", assure le proviseur.

Il rappelle que les universités se sont récemment engagées à promouvoir la diversité des parcours scolaires et l’égale valeur des enseignements de spécialité. Même si elles n'ont pas encore toutes fait connaître leurs pré-requis.

A l'issue de la séance, les avis sont partagés. Pour Camille, la réforme "ouvre des portes". Elle pense choisir "langues-littérature-cultures étrangères, maths et sciences économiques et sociales". "Avec les séries, je me serais sûrement sentie obligée d'aller en S, considérée comme la filière d'élite, alors que là, je vais faire des vœux en fonction de mes goûts", explique-t-elle.

- "Flou artistique" -

Sa camarade Pénélope est beaucoup plus circonspecte: "je veux faire médecine, mais rien ne m'assure que je pourrai y arriver sans les maths". Même si son niveau est plutôt faible dans cette matière, elle ne veut pas prendre le risque d'y renoncer et choisira cette spécialité, avec "physique et sciences et vie de la terre".

"On risque dans un premier temps d'assister à une reproduction des séries dans le choix des +triplettes+", estime Samuel Cywie, porte-parole de la fédération de parents d'élèves Peep. Il applaudit leur suppression, qui devrait mettre fin au bout de quelques années, il l'espère, à la suprématie de la filière scientifique. Mais il reconnaît que la mise en place de la réforme "questionne beaucoup".

"Les cartes des spécialités sont arrivées très tard, ce qui a créé un climat anxiogène, le degré d'information semble fluctuant selon les lycées, et une partie des profs sont opposés à la réforme, ce qui peut insinuer le doute chez les familles", souligne M. Cywie.

De nombreux enseignants et syndicats étaient de nouveau en grève jeudi pour réclamer, entre autres, le retrait de cette réforme. A l'instar d'Agnès Renaud, professeur de français au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (93), bien en peine d'expliquer à ses élèves ce qui va concrètement se passer l'an prochain: "c'est le flou artistique complet".

"Ce qui me met en colère, c'est que cette réforme va surtout servir à supprimer des postes et à +blinder+ les classes", s'indigne-t-elle.

D'autres y voient "des bons côtés" et espèrent que le maximum de "combinaisons" possibles pourront être proposées dans leur lycée.

"Le discours du ministre aux élèves c'est +choisissez ce que vous voulez+", rappelle Lysiane Gervais, à la tête du lycée Philippe-Cousteau, près de Bordeaux, et secrétaire nationale du SNPDEN (principal syndicat des chefs d'établissement). Mais "encore faudra-t-il disposer des moyens humains et financiers pour pouvoir répondre aux attentes", met-elle en garde.

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