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Saint-Astier, vitrine et laboratoire du maintien de l'ordre, fête ses 50 ans

Saint-Astier, vitrine et laboratoire du maintien de l'ordre, fête ses 50 ans
Des gendarmes participent à un exercice anti-émeute au centre d'entraînement de Saint-Astier, le 8 juin 2018 en DordogneNicolas TUCAT

Créé dans la foulée de mai 68, le centre d'entraînement de la gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne) présenté comme une vitrine et un laboratoire français du maintien de l'ordre, fête ses 50 ans en pleine crise des "gilets jaunes".

Avril 1969, les cendres de la révolte de mai sont encore chaudes quand les responsables de la gendarmerie décident de créer un centre de perfectionnement pour les gendarmes mobiles au coeur du Périgord.

Les "moblots" comme on les surnomme, sont l'une des deux forces spécialisées chargées du maintien de l'ordre en France, avec les CRS créées par Charles De Gaulle à la Libération. Contrairement à leurs collègues policiers, les "moblots" sont dotés d'un ADN 100% militaire et sont de création plus ancienne puisqu'ils apparaissent dès 1921 pour éviter le recours hasardeux et parfois meurtrier à la troupe dans les opérations de maintien de l'ordre.

Mais les décennies ont passé et après mai 1968, les constats tirés sont cruels pour la gendarmerie. Les équipements mais aussi les principes de ses interventions sont jugés "désuets", comme le rappelle l'historien Jean-Noël Luc dans son ouvrage "Histoire des gendarmes, de la maréchaussée à nos jours".

"Les évènements de 1968 constituent une véritable révolution pour la gendarmerie. L'exercice du maintien de l'ordre, face à des étudiants déterminés, amène les cadres de l'institution à réfléchir à ses pratiques et à ses moyens en se fondant sur le retour d'expérience du personnel", écrit M. Luc.

Saint-Astier, où le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner se rend vendredi, est le fruit de cette réflexion. Les gendarmes viennent occuper une ancienne base militaire désertée par l'Otan sur les bords de l'Isle. Le centre s'étale sur 140 hectares avec une ville en toc pour rejouer les affrontements entre faux manifestants et vrais képis.

Un nom faussement bucolique "Cigaville" (ciga pour centre d'instruction des gendarmes auxiliaires) mais un programme de sueur, de cris et de gaz lacrymogènes pour les stagiaires.

"Il n'y a pas de séquence type d'entraînement mais certaines d'entre elles peuvent durer du matin au soir pour être au plus près de la réalité. A Notre-Dame-des-Landes, certains engagements ont dépassé les 20 heures", relève le lieutenant-colonel Cédric Aranda, instructeur à Saint-Astier.

Le but ? "Permettre aux gendarmes d'être le plus professionnel, le plus sûr dans l'exécution de l'action, dans la gestion du stress, dans la déontologie", détaille le général Bertrand Cavallier, ancien commandant du centre d'entraînement et spécialiste reconnu du "MO".

Officiellement dénommé Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) en 1999, "Saint-Astier" accueille chaque année quelque 13.000 stagiaires et visiteurs. A raison de sept stages organisés par an, le CNEFG voit défiler 42 escadrons de gendarmerie mobile (sur 109) chaque année, soit un rythme d'un stage tous les deux ans et demi.

- "Marines" américain -

Mais les gendarmes français ne sont pas les seuls à venir s'aguerrir à Saint-Astier qui a endossé le rôle de vitrine d'un maintien de l'ordre à la française pourtant peu épargné par les critiques depuis quelques années. Des délégations étrangères de forces de sécurité viennent régulièrement s'y former. Récemment des "Marines" américains y ont suivi un stage d'initiation.

Pour Bertrand Cavallier, le CNEFG est un "outil unique", "reconnu partout en Europe et ailleurs" mais également un "laboratoire". Le CNEFG participe aussi "à l'élaboration de la doctrine d'emploi et à l'expérimentation d'équipements", souligne-t-on du côté de la Gendarmerie.

De la ZAD à l'émeute en banlieue en passant par la gestion des "troubles" en outremer ou le hooliganisme, Saint-Astier est censé armer le gendarme mobile à "tous les adversaires et toutes les nouvelles typologies de désordre", ajoute le général Cavallier.

Les mobilisations des "gilets jaunes" avec des éléments jugés "violents et très mobiles", et des forces accusées elles aussi de violences, n'échappent à la règle. "On a immédiatement tiré des conclusions pour adapter les formations", souligne le lieutenant-colonel Aranda.

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