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Sous un Arc de Triomphe maison, des "gilets jaunes" font le pari de la "victoire"

Sous un Arc de Triomphe maison, des
Un Arc de Triomphe construit par les "gilets jaunes" à Le Luc (Var), le 22 janvier 2019CHRISTOPHE SIMON

Ils ne croient ni aux élections européennes, ni au grand débat, ni à la politique, mais jurent de lutter jusqu'à "la victoire": des "gilets jaunes" du Var ont monté un Arc de Triomphe plus vrai que nature pour célébrer leur combat.

Cinq mètres de haut, 44 palettes, des bas-reliefs peints en trompe-l'oeil sur des bâches, des dizaines d'heures de travail : en sortant de l'autoroute A8 au Luc, impossible de rater l'Arc de Triomphe qui se dresse à la sortie, coiffé de deux drapeaux français et d'un autre, jaune fluo.

"Il subit les intempéries, il résiste au mistral, mais il tient bon ! Il est comme nous", lance Claude, l'un des "gilets jaunes" qui tiennent ce rond-point. Un édifice suffisamment costaud pour que deux manifestants se tiennent debout au sommet, le temps d'un apéro ou d'une photo.

"On se réapproprie Paris", explique Fabien : "notre petite cabane où on fait les débats, c'est le Conseil constitutionnel ; les caravanes où on dort, c'est le Sénat. Et on attend une grosse benne à ordures, qui va devenir l’Elysée". Pinceau à la main, une militante met une dernière touche à une fresque sur les violences policières, inspirée de Delacroix.

Autour d'une bouteille de champagne, offerte par des soutiens et partagée dans des coupes en plastique, ils sont une quinzaine à discuter en attendant leur ration de paupiettes. La plupart ne suivent que de très loin le "grand débat national" ou les velléités de présenter une liste "gilets jaunes" aux européennes.

"Nous, on est apolitiques ! La +gadji+, je l'ai vu depuis le début qu'elle était là que pour le profit !", s'exclame Alice, à propos de la liste "gilets jaunes" annoncée par Ingrid Levavasseur.

"C'est du perlimpinpin !" abonde Jo Fasquel, 64 ans, qui se débat avec les 650 euros de pension de réversion de son mari décédé, et 900 euros d'Assedic. Le petit camp, coincé entre l'autoroute et la garrigue, n'est qu'à 40 km Saint-Tropez, mais les fastes de la Côte d'Azur semblent appartenir à un autre monde.

L'Europe, pour Jo, c'est le "oui" de 1992 au traité de Maastricht : "les gens pensaient avoir du boulot, mais en fait, l'Europe a tout bouffé", se désole-t-elle. Avec la concurrence étrangère, "nos fermiers, nos agriculteurs se tuent, et nous, on ramène de la viande de l'étranger."

- Une liste, "on n'y croit pas" -

Si elle vote, ce sera pour la liste soutenue par Marine Le Pen, comme elle le fait depuis des années. L'arrière-pays varois est une place forte du Rassemblement national, qui a d'ailleurs remporté la mairie du Luc.

Sa voisine Katia, qui a "évité d'avoir des enfants", faute de moyens, ne dira pas le contraire sur l'Union européenne. Elle passe ses journées au pied de l'Arc de Triomphe, et ses nuits au travail, à réceptionner des poids-lourds dans un centre logistique de la grande distribution.

"Tous les chauffeurs que l'on voit aujourd'hui sont étrangers : +Yougoslaves+, Roumains, Bulgares... Ils roulent un mois entier, ils sont pas lavés, on comprend rien à ce qu'ils disent", dit-elle.

Son mari est dans le bâtiment, mais son employeur va être mis en liquidation judiciaire à cause de la concurrence des travailleurs détachés, poursuit-elle. Et de promettre : "On ne lâche rien, on n'a plus rien à perdre, et si on ne gagne pas, ce sera la guerre civile".

Plus mesurée, Hina, une chômeuse de 32 ans, estime que "ce n'est pas en participant aux élections que l'on pourra changer les choses. On ne croit pas à ce système, à cette façon d'être représentés. Je ne vois pas pourquoi on voterait pour une liste, alors qu'on n'y croit pas".

L'idée d'une liste de "gilets jaunes" est une "fumisterie", mais "les européennes peuvent être une opportunité", estime au contraire Fabien, 30 ans, un entrepreneur de l'immobilier dont la société est en liquidation. Electeur France insoumise à la présidentielle, il observe d'un œil bienveillant "les candidats qui poussent dans le sens des gilets jaunes".

A condition de "maintenir la pression pour qu'ils ne retournent pas leur veste ensuite", met en garde celui qui compte poursuivre "coûte que coûte" le combat des "gilets jaunes" : "Si je finis pas prisonnier politique aux Baumettes, ou entre quatre planches", ajoute Fabien.

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