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Sur les Champs-Elysées, des ballons jaunes et des sifflets pour Macron

Sur les Champs-Elysées, des ballons jaunes et des sifflets pour Macron
Un manifestant anti-Macron est évacué par deux policiers, en marge du défilé militaire du 14 juillet 2019, sur les Champs-Elysées à ParisPhilippe LOPEZ

"Emmanuel Macron, on vient te chercher chez toi": des dizaines de "gilets jaunes", sans leur chasuble fluo mais armés de ballons et de sifflets, ont copieusement hué le chef de l'Etat lors du défilé du 14 juillet, avant d'investir l'avenue des Champs-Elysées.

C'est une première depuis l'"acte 18", à la mi-mars: des dizaines de personnes, "gilets jaunes" contestant la politique fiscale et sociale du gouvernement mais aussi jeunes encapuchonnés prêts à en découdre, sont parvenus à déferler sur la célèbre avenue, rouverte au public dans l'après-midi.

"Ce matin on est venu assister au défilé car on est citoyen. On nous a tellement interdit de Champs, c'est important d'être de retour", a déclaré à l'AFP Cid, 33 ans, venu de Seine-et-Marne. Bleu, blanc, rouge des pieds à la tête, il est encore révolté par le traitement réservé aux manifestants, encerclés et "traités comme des chiens".

Barrières renversées, poubelles brûlées: un face à face tendu a duré environ deux heures en haut de l'avenue, les forces de l'ordre usant de grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants, qui se réfugiaient dans les rues adjacentes.

La matinée avait débuté par des sifflets et lancers de ballons jaunes au passage du président, déjà une petite "victoire" pour le mouvement de contestation sociale, qui a rassemblé jusqu'à 280.000 manifestants en novembre et s'est considérablement essoufflé ces dernières semaines.

- "Ca va péter" -

Au passage du président de la République, les protestataires ont sorti les sifflets et donné de la voix: "Gilets jaunes ! Ça va péter !", "Emmanuel Macron, on vient te chercher chez toi".

"C'est sûr, il a dû nous entendre", a lancé Stéphane, jean et casquette. "Ouais, mission accomplie", a renchéri Samuel, une vingtaine d'années, tandis qu'un petit groupe descendait puis remontait l'avenue en chantant: "On est là, même si Macron ne veut pas, pour l'honneur des travailleurs et pour un monde meilleur, nous on est là".

Dès le début du défilé, des figures emblématiques du mouvement de contestation avaient été interpellées et ont été placés en garde à vue quelques heures: Jérôme Rodrigues, érigé en symbole des "violences policières" depuis la perte de son oeil droit en janvier, et Maxime Nicolle, dit "Fly Rider" pour sa passion des motos, pour "organisation d'une manifestation illicite", le routier Eric Drouet pour "rébellion".

Au total, 175 personnes ont été interpellées en marge du défilé, a indiqué la préfecture de police. Arié Alimi, l'avocat de Jérôme Rodrigues, a dénoncé à l'AFP des "interpellations d'opposants politiques".

Le long de la célèbre avenue, la colère était intacte. Les motards de la police furent les plus copieusement sifflés - "Tout le monde déteste la police", "Assassins ! Ils crèvent les yeux !" -, les pompiers les seuls applaudis.

Le dialogue fut parfois âpre avec les "patriotes": "Vous avez gâché le défilé de ma fille de 12 ans", a lancé Jean-Pierre, entrepreneur, à une blonde qui s'époumonait, sifflet en bouche. "Mais on est là aussi pour votre fille. Quand elle sera dans un Ehpad ou un hôpital et qu'on ne lui changera sa couche qu'une fois par jour faute de personnel soignant, vous verrez..."

"Maintenant c'est +ferme ta gueule et consomme+. Mais il y a des riches de plus en plus riches et nous on crève. Les courses, la santé - je dois refaire mes dents -, on n'y arrive pas et ces cons ils chantent la patrie", a tonné Monique, retraitée de 63 ans.

Alors que se succédaient cavaliers, chars et képis de couleur sur l'avenue, Roselyne tempêtait: "Mais c'est nous la France. Des hôpitaux qui ferment, des chômeurs à qui on dit de traverser la rue. C'est une honte".

En fin de journée, avant un match de l'Algérie en demi-finale de la Coupe d'Afrique des Nations, le préfet de police a prévenu que les forces de l'ordre étaient prêtes à faire face si "de nouvelles difficultés apparaissent".

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