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UBS: le "banquier de Lucifer" solde ses comptes

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Il a jonglé avec des millions, été jeté dans une prison fédérale puis récompensé par le fisc américain: Bradley Birkenfeld, l'ancien banquier d'UBS qui a révélé une des plus colossales fraudes fiscalFabrice COFFRINI

Il a jonglé avec des millions, été jeté dans une prison fédérale puis récompensé par le fisc américain: Bradley Birkenfeld, l'ancien banquier d'UBS qui a révélé une des plus colossales fraudes fiscales, raconte ses "parties de chasse" à l'argent et règle ses comptes.

Calé dans le profond fauteuil d'un palace parisien, il estime avoir payé le prix fort. "Le système bancaire suisse, c'est le diable. Moi, j'ai été le banquier de Lucifer et le seul à faire de la taule dans cette histoire."

A la veille du procès à Paris de la banque suisse, il est venu raconter son histoire, enchaîne les interviews, se prête complaisamment aux séances photos, montre de luxe au poignet ou Havane entre les dents.

Son livre, "Le banquier de Lucifer" (Editions Max Milo) sorti jeudi en France et qu'il promet d'aller distribuer devant le tribunal, retrace une jeunesse vécue comme une joyeuse partie de blackjack, où les mains gagnantes s'enchaînent pour tous mais où la banque est assurée de toujours récupérer sa mise.

"J'ai adoré ça", confie à l'AFP ce gamin de Boston qui avait la bosse des finances avant de se mettre en 2001 au service du poids lourd de la gestion de fortune UBS à Genève.

Chargé du desk Amérique, il fait partie des "chasseurs" et parcourt le monde avec une carte bleue sans plafond, de régates en soirées huppées, pour débusquer de nouveaux clients américains pour les coffres-forts suisses.

Il décrit la banque comme un système criminel, "un vrai cartel", une "mafia": "On avait des ordinateurs cryptés, des boîtes aux lettres mortes, une touche d'urgence - +panic button+ - sur nos téléphone pour effacer tous nos contacts et messages, un manuel pour éviter la détection aux douanes".

L'Amérique était une terre d'opportunités, la France "un marché en croissance", explique Bradley Birkenfeld, entendu comme témoin dans l'enquête française sur les pratiques d'UBS.

- "Chasseurs" -

Pour lui, il ne fait aucun doute que "la chasse aux clients" à laquelle il se livrait aux Etats-Unis avait également lieu en France, au même moment.

"Pourquoi croyez-vous que les +chasseurs+ allaient à Paris? Ils aiment les croissants, mais il y en a aussi à Zurich", lâche-t-il dans un gros rire.

Les "chasseurs" suisses se partageaient les bonus des nouveaux contrats avec les commerciaux locaux - "un accord gagnant-gagnant" selon l'ex-banquier d'UBS.

Sa vie bascule en 2005 quand il découvre une note interne, enfouie dans l'intranet de la banque, qui décrit les pratiques illicites: "C'était exactement ce qu'on faisait à longueur de journée. Ils essayaient de se couvrir".

Deux ans plus tard, après des négociations infructueuses avec le Département de la justice, il dénonce au fisc américain des milliers de fraudeurs et livre le nom de ses clients: milliardaire russe, vedette d'Hollywood, star du porno et même un frère d'Oussama Ben Laden.

Son témoignage fait l'effet d'une bombe. En 2009, UBS a dû payer une amende de 780 millions de dollars aux Etats-Unis et rompre le secret bancaire suisse en transmettant l'identité de plus de milliers de clients américains soupçonnés d'avoir fraudé le fisc.

La même année, Birkenfeld est condamné à trois ans et quatre mois de prison après avoir plaidé coupable d'incitation à la fraude fiscale. A sa sortie de prison, le repenti reçoit des services fiscaux américains une récompense de 104 millions de dollars pour ses informations jugées "exceptionnelles à la fois par leur ampleur et leur étendue".

Le nouveau combat de ce repenti tardif est celui de la protection des lanceurs d'alerte. "Détruire la banque, c'est se détruire soi-même. Il faut protéger les lanceurs d'alerte en les payant, parce qu'ils ne retrouveront jamais de boulot", plaide le nouveau millionnaire. Il ne comprend pas que la France, qui a créé en 2016 un statut leur assurant une certaine immunité mais prohibant toute rémunération, ne récompense pas ces "héros".

A 53 ans, ce sera sa nouvelle mission: créer une fondation pour conseiller et soutenir tous les Edward Snowden (qui a révélé l'ampleur des écoutes américaines) ou Stéphanie Gibaud (ex-cadre d'UBS), pour "vivre dans une société meilleure".

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