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Une partie de l'Amérique captivée par l'audition Kavanaugh

Une partie de l'Amérique captivée par l'audition Kavanaugh
Des gens regardent l'audition Kavanaugh dans un bar de Los Angeles le 27 septembre 2018MARIO TAMA

Ils ont regardé dans les bars, les bus, en voiture et même dans Air Force One: les Américains étaient captivés jeudi par les auditions au Sénat de Brett Kavanaugh, candidat à la Cour suprême américaine, et de la femme qui l'accuse d'agression sexuelle dans les années 1980.

Il y a deux semaines, le destin de ce magistrat de 53 ans, conservateur et catholique pratiquant, était tout tracé. Jeudi, c'était un juge en colère qui s'est défendu bec et ongles face aux accusations d'agressions sexuelles, de l'exhibitionnisme à la tentative de viol.

Près de 60% des Américains ont dit vouloir suivre de près ou de loin ces auditions, selon un sondage de l'institut Marist.

A Los Angeles, des étudiants en journalisme de l'université de Californie du Sud étaient réunis pour regarder les débats, diffusés en direct toute la journée par les grandes chaînes d'info. Et la sentence est irrévocable.

"Il devrait être derrière les barreaux", juge Cameron Keel, une étudiante en journalisme de 19 ans qui a pris le parti de Christine Blasey Ford. "Quatre femmes différentes se sont exprimées et ce n'est pas un accident", explique-t-elle.

L'enseignante en psychologie de Palo Alto, près de San Francisco, a confirmé ses déclarations parues dans la presse. Alors qu'elle avait 15 ans, le jeune Brett Kavanaugh a tenté selon elle de la violer lors d'une soirée entre lycéens à l'été 1982, sous les yeux d'un complice.

Tout en retenue et parfois submergée par l'émotion, elle a expliqué être sortie de l'ombre pas "devoir civique".

Dynasty Raines, une autre étudiante du même âge, est pleinement d'accord. "Il devrait être jeté de la Cour (suprême), il ne devrait pas participer à cette audition ou être élu, nommé, car il doit y avoir une tolérance zéro concernant les agressions sexuelles", dit-elle.

- Soap opera -

Pour elle, l'affaire Kavanaugh n'aurait jamais vu le jour sans le mouvement #MeToo, né en octobre 2017 du scandale entourant le producteur Harvey Weinstein, qui a libéré la parole de milliers de victimes d'abus sexuels.

"Tout ce qui concerne les agressions sexuelles est montré à la lumière, auparavant c'était secret", affirme-t-elle.

Au bar Shaw's Tavern de Washington, les téléviseurs sont branchés sur CNN. Parmi la trentaine de clients, certains tentent de suivre les débats.

Anthea Francis, une pharmacienne quinquagénaire, a trouvé le témoignage de l'accusatrice "extraordinairement crédible". Mais elle renvoie dos à dos les deux camps politiques. "Les républicains n'ont pas la volonté réelle de chercher la vérité (et) les démocrates jouent le jeu politicien", dit-elle.

Le président américain Donald Trump a visionné le témoignage de Mme Blasey Ford dans l'avion Air Force One qui le ramenait de New York, où il assisté à l'Assemblée générale de l'ONU. Il a suivi dans l'après-midi depuis la Maison Blanche l'audition de M. Kavanaugh, avant de confirmer son plein soutien au juge dans un tweet diffusé quelques minutes après la fin des débats.

En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, les journalistes accrédités auprès du département d’Etat américain étaient rivés sur un écran retransmettant l'audition de Mme Blasey Ford en attendant le briefing d’un haut responsable dans un hôtel de la ville.

L'audition de l’accusatrice était programmée en pleine réunion du Conseil de sécurité sur la Corée du Nord, présidée par Mike Pompeo. "J'ai zappé entre le Conseil et l’audition", avoue une journaliste.

A l'un des nombreux portiques de sécurité du bâtiment, des policiers comparaient l'affaire à un soap opéra, pariant sur l'issue de l'audition.

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