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Urgences: nouvelle mobilisation des grévistes pour "maintenir la pression"

Urgences: nouvelle mobilisation des grévistes pour
Manifestation à Paris le 2 juillet 2019 de plusieurs centaines de soignants qui réclament davantage de moyens pour les urgencesSTEPHANE DE SAKUTIN

"Exaspérés", les grévistes des urgences se sont à nouveau mobilisés partout en France mardi pour "maintenir la pression" sur le gouvernement après de premières "avancées" et tenter d'étendre le mouvement à tout l'hôpital.

Après des manifestations en ordre dispersé en juin, l'intersyndicale CGT-SUD-FO et le collectif de paramédicaux Inter-Urgences avaient décidé ensemble de cette journée d'actions, mais la bonne entente a été ternie par l'action spectaculaire d'une dizaine de soignants devant le ministère de la Santé.

Partis du ministère de l'Economie à la mi-journée, 600 manifestants venus de toute la France, selon la police, 2.500, selon la CGT, avaient défilé dans une ambiance bon enfant jusqu'au ministère de la Santé.

Mais alors qu'une délégation était reçue par le directeur adjoint de cabinet d'Agnès Buzyn, une douzaine de soignants assis en ligne sur la chaussée se sont injecté un produit présenté comme de l'insuline afin de contraindre le gouvernement à satisfaire leurs revendications: des hausses de salaires de 300 euros net par mois et des effectifs supplémentaires.

Quelques instants plus tard, les CRS les encadraient avant de les diriger vers un trottoir non loin pour attendre l'arrivée du Samu.

Selon le ministère qui a prévenu les secours, "13 personnes présentant des traces d'injection ont été prises en charge" mais n'ont pas souhaité être transportées vers des hôpitaux après des tests de glycémie "normaux".

"L'insuline c'était pour pousser le ministère à faire quelque chose, et il n'a rien fait", a raconté à l'AFP Pierre Schwob, infirmier à l'hôpital Beaujon à Clichy.

Lorsqu'un membre de la délégation a évoqué l'action sur le point de se produire, "cela a été la consternation, et pas que de notre côté", a indiqué l'entourage de la ministre.

On est très choqué", s'est indignée auprès de l'AFP Mireille Stivala, la responsable CGT du secteur de la Santé, qui a tenu à se "désolidariser" d'une action "irresponsable" et a estimé qu'un "cap avait été franchi".

"C'était une action symbolique" pour dénoncer "le malaise aux urgences", justifie l'aide-soignante Candice Lafarge, membre du collectif Inter-Urgences, assurant que les manifestants disposaient du "matériel adéquat en cas de problème".

Après un rendez-vous "infructueux", l'intersyndicale CGT-FO-SUD doit se réunir vendredi pour décider des suites à donner au mouvement, notamment en "septembre", selon Patrick Bourdillon (CGT), qui a dénoncé le comportement "totalement inacceptable de certains".

Les autres se sont contentés de redire leur exaspération. "On ne peut plus faire notre travail comme on le devrait", a déploré à Paris l'infirmière Annelise Guillot, 37 ans, dont près de 10 aux urgences d'Avignon.

- "Des miettes" -

Même constat à Marseille, où près d'une cinquantaine de personnes s'étaient réunies dans la matinée devant les urgences de La Timone. "On a régulièrement une vingtaine de patients par infirmière à gérer en même temps", a expliqué à l'AFP Eléonore, infirmière inquiète de la "sécurité" des malades qui attendent parfois plusieurs heures sur des brancards.

A Bordeaux, au milieu d'une centaine de manifestants, Emeline, infirmière à Oloron-Sainte-Marie, a prédit que la situation allait "s'aggraver cet été".

Inédit par son ampleur, le mouvement démarré mi-mars à Paris après une série d'agressions n'a cessé de s'étendre.

Dans les Hauts-de-France par exemple, les personnels du CHU de Lille, de Tourcoing et Boulogne-sur-Mer l'ont rejoint cette semaine, portant le total des services en grève à 154, selon le collectif Inter-Urgences.

Et ce en dépit des 70 millions d'euros débloqués par Agnès Buzyn mi-juin pour financer une prime de risque de 100 euros net mensuels pour les 30.000 personnels (hors médecins) des urgences et faciliter les recrutements dans les services en tension cet été.

"Des miettes", rétorquent certains manifestants, à l'instar d'Annelise Guillot.

Avant la manifestation, le collectif Inter-Urgences et les syndicats avait reconnu des "avancées locales" comme en Île-de-France, où d'importants moyens ont été mis sur la table pour éteindre la grève, et notamment la création de 230 postes aux urgences de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Une proposition "sérieuse", mais "dans le cadre donné par la ministre, qui n'est pas bon", selon Hugo Huon, membre d'Inter-Urgences, qui a participé à l'action coup de poing devant le ministère.

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