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Viktor Orban, un casse-tête pour la droite européenne

Viktor Orban, un casse-tête pour la droite européenne
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, lors d'une séance plénière au Parlement européen, le 11 septembre 2018 à Strasbourg, en France.FREDERICK FLORIN

Le vote cinglant du Parlement européen visant la Hongrie mercredi a divisé la droite européenne, chez qui les accents populistes et eurosceptiques de son enfant terrible Viktor Orban provoquent un malaise croissant à l'approche des élections européennes.

Indépendance de la justice, liberté d'expression ou encore migration: les domaines où la politique du Premier ministre hongrois bafoue les valeurs de l'UE est longue selon les eurodéputés, qui ont activé une procédure rare pouvant mener à des sanctions sans précédent contre Budapest.

Même s'il y a peu de chances d'en arriver là, étant donnée la complexité du mécanisme, ce vote crée un véritable casse-tête au sein de la principale famille politique européenne, le PPE (droite, majoritaire au Parlement avec 218 sièges sur 750), auquel appartient le Fidesz de M. Orban.

Certains jugent désormais inévitable d'exclure le parti du dirigeant hongrois, mais d'autres craignent que cela revienne à se tirer une balle dans le pied à quelques mois des élections européennes de mai 2019, lors desquelles les pro-européens craignent une forte poussée eurosceptique.

Ces tiraillements ont été illustrés par la dispersion du vote des eurodéputés du Parti populaire européen (PPE) mercredi -- 115 pour le texte hostile à Budapest, 57 contre, 28 abstentions --, auxquels l'Allemand Manfred Weber, leur chef de file, n'avait pas donné de consigne de vote, même s'il a personnellement voté pour.

- "Cauchemar" -

"S'il vous plaît, arrêtez ce cauchemar", lui a lancé l'eurodéputé libéral Guy Verhofstadt (groupe ALDE), appelant, comme les socialistes, le PPE à ne plus transiger avec le dirigeant national-conservateur hongrois.

Le PPE va-t-il "réaliser que ce qui est en jeu, c'est son identité même ?", s'est interrogé l'eurodéputé Vert Philippe Lamberts, ou va-t-il "continuer à faire bloc autour de Orban, comme disait Kissinger au sujet de Pinochet, excusez-moi la comparaison, +c'est peut-être un fils de pute, mais c'est notre fils de pute+".

Le débat interne pourrait être au menu du prochain sommet du PPE, le 19 septembre à Salzbourg (Autriche), puis de son congrès en novembre à Helsinki, où le parti doit désigner son candidat à la course à la présidence de la Commission européenne.

Jean-Claude Juncker, qui occupe actuellement le siège et qui est aussi membre du PPE, n'a pas caché mercredi devant des journalistes "avoir depuis longtemps un problème avec l'appartenance de Viktor Orban" au parti.

Mais pour l'heure, Manfred Weber, qui vient de faire acte de candidature pour succéder à M. Juncker en 2019, "ne plaide par pour exclure M. Orban", a indiqué une source interne au PPE, assurant qu'il voulait continuer à pouvoir faire pression sur lui en le gardant dans son giron.

"Ce n'est pas par peur de perdre des sièges au Parlement, mais sa grande crainte c'est de voir les députés Fidesz rejoindrent un bloc d'eurodéputés de l'Est eurosceptiques", poursuit cette source. Car selon M. Weber, "c'est le départ des Tories britanniques du PPE qui a favorisé ensuite le Brexit", ajoute-t-elle.

- "Manipulation politique" -

La Hongrie "est le seul pays qui arrive à maintenir la progression de l'extrême droite", a fait valoir de son côté Franck Proust, le chef du groupe des eurodéputés français du PPE.

Ce dernier a expliqué avoir voté contre le texte hostile à Budapest, non pas pour "cautionner" M. Orban, mais pour protester contre une "manipulation politique" de la part des adversaires du PPE.

"On n'entend pas beaucoup la gauche européenne dénoncer certains problèmes à Malte ou ailleurs en Europe, c'est curieux, non, cette focalisation sur la Hongrie et le PPE", ironise un membre du parti, ne souhaitant pas être identifié.

Certains, au sein de la droite européenne, accusent aussi le président français Emmanuel Macron, qui avait appelé le PPE à "une clarification" concernant M. Orban, de vouloir profiter de la situation pour diviser la droite et renforcer un bloc centriste européen.

Il "donne des leçons au PPE en lui disant de faire le ménage, mais on ne l'entend pas beaucoup parler de la Hongrie lors des sommets européens", s'agace une source au sein du parti.

Le vote du Parlement européen sur la Hongrie "montre qu'il peut y avoir un rassemblement sur les valeurs" qui dépasse les partis, s'est réjoui l'Elysée mercredi.

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