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Youssoupha: "Les racistes me font pitié"

Youssoupha:
Le rappeur Youssoupha lors d'un concert en septembre 2013 au Stade de France près de ParisPIERRE ANDRIEU

"Tous les gens aux discours racistes me font pitié. Leur monde n'existe plus", lance le rappeur Youssoupha dans un entretien à l'AFP, à l'occasion de la sortie de son nouvel album "Polaroïd Expérience".

"Ça fait déjà des années que la réalité, c'est la diversité (...). On est sur le point de faire évoluer la culture. La diversité tire les gens vers le haut. Et ces gens-là ne sont pas à l'aise avec ça", assure le natif de Kinshasa.

Le rappeur français d'origine congolaise, attaqué en 2009 par Eric Zemmour pour injures et diffamation, n'est pas intervenu dans les polémiques récentes concernant le sulfureux éditorialiste et essayiste, condamné en 2011 pour provocation à la haine et en mai 2018 pour provocation à la haine religieuse.

Mais il en est convaincu, au sujet des discours pouvant encore parfois relayer des messages racistes: "Ce sont les derniers soubresauts, des boules puantes parce qu'ils voient qu'ils sont débordés".

Il regrette que son ami le rappeur Médine ait dû déplacer son concert prévu au Bataclan, où lui-même devait monter sur scène à ses côtés.

Après les attentats de novembre 2015, "on était tous en deuil, Médine y compris", affirme-t-il. Les polémiques, les appels à annuler le concert dans cette salle frappée par une attaque jihadiste, "c'était de la caricature", condamne Youssoupha. "Médine voulait participer à la réhabilitation musicale de ce lieu".

Dans son 5e album, paru vendredi après trois ans de silence, Youssoupha fait le tour, à 39 ans, de ses influences et le point sur ses expériences, "de la nostalgie dans les yeux".

L'album a aussi été distribué sur des cassettes audio ("C'est fini, là? Vas-y, mets l'autre face", lance-t-il au milieu de l'album).

- "Devenir vieux" -

La batterie hypnotique du single "Polaroïd Expérience" ouvre le disque avec ses accents jazz, avant le "lyriciste mandingue" ne fasse danser à la Stromae sur "Mourir ensemble", parle de premiers amours, de vieillesse et d'argent, et rappe en lingala.

"On vieillit sur les photos, on n'est plus à la mode. J'ai laissé quelques +potos+, ma jeunesse à la morgue", rappe-t-il sur "Devenir vieux".

Tout a changé pour lui ces dernières années. Youssoupha ne se concentrait plus sur sa musique: père de deux jeunes enfants, il a déménagé à Abidjan en Côte d'Ivoire, a monté son label, où il produit les chanteurs KeBlack et Naza. Youssoupha n'était plus sûr de vouloir continuer à rapper. Il signe ce disque en solo sur 12 titres, sans invités, une chose plutôt rare dans le milieu.

Après quatre albums reconnus, et quelques tubes pop ("Dreamin'" avec la chanteuse Indila, "Smile"), le rappeur avait l'impression d'avoir réalisé ses rêves.

Il lui a fallu quelques mois pour se lancer dans ce nouveau projet, pour lequel il a enregistré une quarantaine de maquettes dans son studio de l'est parisien, où l'on entend passer les métros.

Lui qui avait toujours "peur de mal faire" dit s'être inspiré cette fois-ci de la dernière génération de rappeurs, qui "travaille sans filet".

Résultat: un album plus spontané, mais aussi plus sobre que "NGRTD", l'album précédent, souligne le rappeur.

Youssoupha lancera en mars une tournée qui doit passer par Lyon, Toulouse, Lille, mais aussi par la salle Pleyel à Paris. Il annonce également avoir "un projet" avec Médine et Kery James, sans plus de précisions.

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