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"Elle ne croyait pas au mal": Mireille Knoll, femme juive tuée en plein Paris

photo prise le 27 mars 2018 sur la porte de l'appartement où Mireille Knoll habitait et où elle a été retrouvée assassinée, à ParisLionel BONAVENTURE

Mireille Knoll, l'octogénaire juive dont le corps a été retrouvé lardé de coups de couteau dans son appartement parisien incendié, laisse le souvenir d'une femme accueillante, à la vie modeste, qui "ne croyait pas au mal chez les gens".

La même photo de cette vieille dame au visage doux et souriant, qui avait échappé à la rafle du Vel d'Hiv, s'affiche sur les réseaux sociaux des organisations juives, qui appellent toutes à une "marche blanche" mercredi.

Le corps de Mireille Knoll, 85 ans, a été retrouvé en partie carbonisé vendredi dernier dans son logement social de l'avenue Philippe-Auguste (XIe arrondissement), où elle vivait seule. Les enquêteurs y ont découvert plusieurs départs de feu, puis des traces de coups de couteau sur son corps. Deux suspects ont été mis en examen pour "homicide volontaire à raison de l'appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion" et "vol aggravé".

Mireille Knoll habitait au deuxième étage de cet immeuble qui en compte dix et est "habituellement très calme", selon des voisins. Handicapée, souffrant de la maladie de Parkinson selon un de ses deux fils, elle ne sortait de chez elle qu'en fauteuil roulant, accompagnée de son auxiliaire de vie. "Elle était gentille, on la voyait se promener dans les jardins" de la résidence avec son aide-soignante, témoigne une voisine.

"Ma grand mère était une femme admirable, très gentille, très douce. Elle était pleine de joie de vivre, elle aimait la vie. Elle ne croyait pas au mal chez les gens. Peut-être était-elle un peu trop naïve...", confie à l'AFP l'une de ses petites-filles, Noa Goldfarb, 34 ans.

"Savta (grand-mère, en hébreu, NDLR) a été poignardée à mort 11 fois par un voisin musulman qu'elle connaissait bien. Il s'est également assuré de mettre le feu à son appartement pour ne nous laisser aucun souvenir. Pas d'album photo, ni d'elle... ni de Saba (grand-père), pas de lettres... rien! Il ne nous reste que nos larmes", a écrit la jeune femme sur Facebook.

- "Juive de coeur" -

Née le 28 décembre 1932 à Paris, Mireille Knoll s'était enfuie avec sa mère de la capitale avant la rafle du Vel d'Hiv, l'arrestation massive de plus de 13.000 juifs en juillet 1942. C'est un passeport brésilien hérité de son père qui lui a permis de passer la ligne de démarcation et de trouver refuge au Portugal. "Les soldats ont regardé les passeports et ont finalement décidé de les laisser passer. Ca les a sauvés", a relaté son fils Daniel sur la chaîne i24 News.

Après la guerre, elle avait épousé un survivant d'Auschwitz, décédé il y a une quinzaine d'années, selon son autre fils, Guy. Ils avaient vécu au Canada avant de revenir à Paris où le mari avait un atelier d'imperméables, dans le quartier juif du Sentier.

"Juive de coeur" mais non pratiquante, elle y a mené "une vie modeste" d'après sa petite-fille, élevant ses deux fils au sein "d'une famille très ouverte, au contact de plein d'amis de toutes les religions".

"Elle avait réussi à échapper aux nazis, mais les islamistes l'ont rattrapée", souffle Noa, qui vit en Israël. "Il y a 20 ans, j'avais déjà compris que mon futur, en tant que juive, n'était pas en Europe"

"Française de toujours et ne parlant que le français", Mireille Knoll, elle, est restée à Paris. "Elle n'avait pas peur", dit sa petite-fille. Elle sera inhumée mercredi au cimetière de Bagneux, en région parisienne, dans l'intimité.

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