"Gifles, coups, punitions": un ex-pensionnaire de Riaumont dénonce des méthodes d'éducation "primitives"

L'entrée de la communauté Sainte-Croix de Riaumont à Liévin (Pas-de-Calais), le 6 mai 2018 DENIS CHARLET
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"Gifles", "coups de pied", humiliations: vingt-cinq ans après son passage au pensionnat traditionaliste de Riaumont (Pas-de-Calais), où quatre religieux ont récemment été mis en examen pour "violences légères", Mathieu (prénom modifié) dénonce les méthodes d'éducation "primitives" et "l'endoctrinement" dont il a été "victime".

"Adolescent au début des années 90, j'étais un peu virulent, ça ne se passait pas bien dans mon école", raconte Mathieu à l'AFP.

Pratiquant le scoutisme, le garçon de 12 ans "suggère" alors à ses parents de le placer dans la communauté traditionaliste de la Sainte-Croix de Riaumont, à Liévin, qui comprend notamment une école hors contrat dispensant des cours de la 6e à la 3e, encadrée par des religieux de spiritualité bénédictine.

"Mais je ne savais pas ce qui m'attendait", ni "que la police m'entendrait un jour comme témoin...", lâche l'ancien pensionnaire.

Déjà au coeur de plusieurs enquêtes pour agressions sexuelles et maltraitance, la discrète communauté a de nouveau fait parler d'elle mi-janvier, avec la mise en examen de quatre religieux soupçonnés de "châtiments corporels légers" commis entre 2007 et 2014.

Si Mathieu "ne peut plus porter plainte, car les faits sont prescrits", il estime avoir été lui aussi "victime de violences physiques et psychologiques".

"Il fallait respecter leurs règles à la lettre" sinon "on était tout de suite réprimandés", soupire-t-il. Avec "certains encadrants", les punitions étaient "parfois physiques: il y avait les gifles, bien marquantes, les coups de pieds aux fesses, parfois à la tête", ou les "coups de ceinture", détaille-t-il.

L'un des religieux "avait confectionné un trousseau de clés avec de la corde", parcourue de noeuds de capucin, et "nous fouettait les jambes avec". Il "nous obligeait aussi, lorsqu'on n'était pas sages pendant l'étude, à se mettre à genoux sur une règle en métal, pendant cinq minutes".

Des punitions parfois "injustes", infligées pour "avoir discuté ou fait du bruit".

Seuls "quelques intervenants" usaient de violence, mais "ça ne remontait pas forcément aux oreilles" de la direction. Un jour, "ils se sont mis à plusieurs" sur un nouvel élève, et "on l'entendait crier".

- "Radicalisme religieux" -

La violence était aussi "psychologique", certains élèves subissant des humiliations, comme cet enfant "sensible, qu'un religieux avait surnommé +la mother+"

Issus de milieux modestes ou enfants de bonne famille, "il y avait un peu de tout à Riaumont", mais "une partie appartenait à une certaine mouvance traditionaliste, d'extrême droite".

Côté hygiène, "on ne pouvait se laver les parties intimes qu'après le sport ou les sorties", soit deux fois par semaine, gardant "les mêmes sous-vêtements pendant trois ou quatre jours" et se promenant "en short de cuir même en hiver", critique-t-il.

Le pain était "parfois moisi" et "les religieux ne se souciaient pas des allergies alimentaires", contraignant toujours les jeunes à finir leurs assiettes.

Le mercredi après-midi, "on faisait notamment des travaux de maçonnerie". Mais pour construire les tours encadrant l'entrée, "il a fallu couler le béton", montant parfois "à dix mètres de hauteur, sans équipements de protection", parfois jusque "tard le soir".

Quant aux règles, elles étaient "extrêmement strictes", juge Mathieu, y voyant "une forme de radicalisme religieux".

Outre les corvées, l'organisation quasi-militaire, la messe et le catéchisme "obligatoires", les "innombrables prières" quotidiennes, "il y avait beaucoup de choses bannies: la musique, certaines lectures, les discussions sur la sexualité ou la drague".

"On était formatés à obéir, sans aucune réflexion", et "la plupart finissaient par entrer dans le moule". Sorti au bout de trois ans, "j'ai eu du mal à m'adapter à la vie normale, je passais pour un extraterrestre", confie l'ancien élève.

"Beaucoup d'anciens considèrent qu'avoir été frappé ou brusqué, c'était normal, et qu'à Riaumont ils sont devenus des hommes", déplore Mathieu, "mais pour moi, cette éducation, elle est primitive".

Certains des religieux concernés "étaient toujours en poste" il y a quelques semaines selon Mathieu. Mais pour l'avocat de la communauté, Eric Morain, les faits reprochés par la justice, "sont pour la plupart très anciens et, si toutefois ils étaient avérés, ne reflètent en aucune manière" les méthodes éducatives "en vigueur aujourd'hui".

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