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"Gilets jaunes" et violences policières : la vie d'après des éborgnés

De gauche à droite: Alexandre Frey, Gwendal Leroy, Patrick Galliand, Patrice Philippe, Vanessa Langard. Tous ont en commun le fait d'avoir été éborgnés lors de manifestations de "gilets jaunes"Philippe HUGUEN, Fred TANNEAU, Lucas BARIOULET, Mehdi FEDOUACH, Martin BUREAU

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Des vies "gâchées", de l'incompréhension ou encore de la colère : pendant deux mois, l'AFP a recueilli le témoignage de 14 "gilets jaunes", "passants" ou "lycéens" grièvement blessés à un œil au cours des manifestations des derniers mois, au cœur des accusations de violences contre les forces de l'ordre.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner recensait jeudi 209 enquêtes portant sur des soupçons de violences policières, dont 199 pour l'IGPN (la police des polices). "S'il y a eu des fautes, il y aura des sanctions", a assuré le ministre en concédant des "fautes marginales" des forces de l'ordre, dont il a défendu l'action.

A l'instar de Jérôme Rodrigues, l'une des têtes d'affiche des "gilets jaunes", les regards mutilés de Vanessa, Patrick ou Alexandre ont pourtant été érigés en symbole des violences policières. Vingt-trois personnes ont affirmé avoir perdu un oeil par l'action des forces de l'ordre depuis novembre, selon les recensements faits par le journaliste indépendant David Dufresne et son projet "Allô place Beauvau ?" ou par le collectif militant "Désarmons-les".

L'AFP a pu obtenir le témoignage de 14 de ces éborgnés, tandis que 9 ont décliné. Sur ces 14, au moins 12 ont porté plainte et au moins neuf font l'objet d'une saisine de l'IGPN ou de son équivalent pour la gendarmerie, l'IGGN.

Ils sont 21 hommes et 2 femmes et ont de 14 à 59 ans. Ils sont nombreux à avoir été blessés à Paris, mais ils l'ont aussi été à Bordeaux, Toulouse, Rennes ou La Réunion. Souvent, ce sont des "gilets jaunes" revendiqués, mais ils sont aussi parfois "lycéens" ou simple "passants", contestant tout lien avec le mouvement qui secoue la France depuis mi-novembre.

Nombre d'entre eux rendent le lanceur de balles de défense (LBD) responsable de leur blessure, mais certains pointent aussi du doigt les grenades GLI-F4, qui contiennent 26 g de TNT, celles de désencerclement, les "DMP", voire des grenades lacrymogènes.

La plupart ont un diagnostic net concernant un de leurs yeux : pour 14 d'entre eux, selon les certificats médicaux consultés par l'AFP, la vue est perdue ou l’œil n'est plus. Deux pronostics sont en évolution vers la cécité. Dans au moins un cas, enfin, la blessure est moins visible, l’œil toujours présent, mais seules quelques formes apparaissent.

Si certains essaient de donner un sens à cet événement, comme Patrice, 49 ans, qui y voit un "passeport pour un combat contre les armes dites non létales", ils sont nombreux à broyer du noir, pour certains prostrés chez eux ou vivant comme des "taupes", dans le noir. "J'aurais préféré prendre dix ans de prison", se désole Alexandre. L'un a même affirmé à l'AFP avoir fait une tentative de suicide.

Dossier complet :

burs-gd/sac-fd/shu

  1. //factuel.afp.com/gjeborgnes

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