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"Imagine": les "murs de Lennon" fleurissent partout à Hong Kong

Chine

Les façades de Hong Kong sont recouvertes de post-it multicolores arborant des messages hostiles au gouvernement: les murs dits "de Lennon" se sont multipliés à travers la ville au grand déplaisir des soutiens de Pékin qui tentent de les arracher.

Ces oeuvres sont inspirées du "mur de Lennon" de Prague, hommage tout en graffiti au légendaire ex-Beatles assassiné en 1980. Chacun peut peindre sur le mur de Prague, toile de la contre-culture en évolution constante.

Le premier "mur de Lennon" de Hong Kong est apparu en 2014, lors de l'immense mouvement pour la démocratie qui avait réclamé l'élection du chef du gouvernement au suffrage universel.

Les manifestants emmenés par les étudiants avaient occupé pendant plus de deux mois des quartiers entiers de ce haut lieu de la finance internationale et un escalier menant au Conseil législatif (LegCo), le Parlement local, avait été couvert de milliers de papiers multicolores.

Une bannière avait été accrochée sur un pont proche, citant la fameuse chanson "Imagine" de John Lennon: "You may say I'm a dreamer, but I'm not the only one" (Vous direz peut-être que je suis un rêveur, mais je ne suis pas le seul).

Pékin n'avait rien cédé aux revendications et le mur avait repris son visage de béton lorsque les camps des protestataires avaient été démantelés.

Hong Kong est de nouveau secouée par une gigantesque vague de contestation, partie du rejet d'un projet de loi désormais suspendu visant à autoriser les extraditions vers la Chine.

- Jeu de mots -

Les post-it de la défiance sont de retour mais cette fois, ils ont essaimé à travers toute l'ancienne colonie britannique depuis qu'un premier "mur de Lennon" monté devant le LegCo fut détruit par des manifestants progouvernementaux il y a deux semaines.

Les papiers sont autant de messages à Carrie Lam, la cheffe du gouvernement proPékin non élue, parfois polis, parfois beaucoup moins.

Les manifestants ont déposé des boîtes de stylos et de post-it devant chaque mur, certains sont protégés des pluies tropicales par des bâches en plastique transparent.

A Tsuen Wan, dans les Territoires du Nord, dans la partie continentale de Hong Kong, un étudiant de 19 ans qui se présente sous son seul nom de famille, Lau, se sert d'un tampon pour imprimer des caractères chinois qui connaissent un franc succès ces dernières semaines.

"C'est de la calligraphie maline. Si on lit les caractères dans un sens, ça veut dire +Hong Kong+ mais si on les lit dans l'autre sens, ça veut dire "+Ajoutez de l'huile+".

Il s'agit là d'une expression d'encouragement cantonaise courante devenue le cri de ralliement des protestataires.

Dans une veine similaire, des mots disent aux gens de "s'accrocher" ou de ne "pas perdre espoir". D'autres visent directement Pékin: "Hong Kong n'est pas encore la Chine".

- "Sois fort Hong Kong" -

"Sois patient, sois comme l'eau": certains messages s'inspirent de la philosophie de Bruce Lee, la star honkongaise des arts martiaux, pour vanter les capacités d'adaptation.

On trouve également des mots laissés par des visiteurs étrangers: "Sois fort Hong Kong, New York veille sur toi!". "Vous êtes les plus braves", dit un autre texte en français.

Les murs sont parfois devenus des points chauds.

Mercredi soir, des échauffourées ont éclaté quand des groupes de partisans du gouvernement ont tenté d'arracher les post-it d'un "mur de Lennon" proche d'un complexe résidentiel abritant de nombreux policiers et fonctionnaires retraités.

Lors d'un autre incident, filmé et posté sur les réseaux sociaux, un soutien de Pékin met de nombreux coups de poing dans la figure d'un jeune militant démocrate. Le jeune homme encaisse les coups sans se défendre, posture de non violence saluée par de nombreux internautes. L'agresseur a été arrêté, selon la police.

Les "murs de Lennon" sont souvent détruits aux premières heures du matin. Mais ils renaissent aussitôt de leurs cendres.

A Tsuen Wan, un message proclame: "Ils peuvent détruire le mur mais ils ne détruiront pas notre volonté".

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