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"La rue a gagné!": le gouvernement tombe, les manifestants jubilent

Les poings brandis en l'air, entamant la danse traditionnelle de la dabké crachée par les haut-parleurs, les manifestants ont célébré mardi dans les rues de tout le Liban la chute du gouvernement, leur première grande victoire face à un pouvoir honni.

Brandissant des ballons rouges, blancs et verts aux couleurs du drapeau national, partout visibles dans la foule, des milliers de manifestants se sont rassemblés sur une place de Tripoli.

Bastion traditionnel du Premier ministre Saad Hariri, la grande ville sunnite du nord du Liban a laissé exploser sa joie immédiatement après l'annonce de la démission du gouvernement.

"Aujourd'hui, c'est un grand exploit que la révolution a réalisé", exulte Mohamed, 32 ans, sur la place Al-Nour, où les manifestants restent mobilisés depuis le 17 octobre pour réclamer le renversement de toute la classe politique accusée d'incompétence et de corruption.

Pour fêter ça, on offre du café, des jus de fruit et des douceurs orientales. "Merci Saad Hariri ...", peut-on lire sur une pancarte brandie par une femme.

Dans un coin, des manifestants se font peindre sur les joues le mot "révolution" ou le dessin d'un cèdre, l'emblème du pays.

Ailleurs dans les rues, des voitures appellent au mégaphone les habitants à se joindre à la fête.

Tripoli que l'on croyait conservatrice a surpris depuis le début de la mobilisation, avec ses raves nocturnes qui n'avaient rien à envier à celles des boîtes de nuit branchées de Beyrouth.

"On va rester dans les rues jusqu'à ce que toutes nos demandes se concrétise", avertit Mohamed.

Car ce soir les slogans restent inchangés: "Révolution, révolution!, "Tous, ça veut dire tous", "Le peuple veut la chute du régime".

- Dabké endiablée -

"Nous allons rester dans la rue, le plus important c'est de faire tomber le pouvoir", renchérit Obeida, un homme de 29 ans. "Le pouvoir doit aller à des gens qui ne font pas partie du sérail politique".

Tima Samir, 35 ans et maman de deux enfants, considère elle aussi que la bataille est loin d'être terminée.

"Ce qu'on veut, c'est la chute de tout le système politique", martèle-t-elle.

A 130 km plus au sud, la ville de Saïda, dont la famille Hariri est originaire, est aussi en fête.

Epaule contre épaule, de jeunes garçons se sont lancés dans une dabké endiablée, tandis que d'autres battent le tambour.

"Désormais, nous pouvons dire que la rue a gagné!", se félicite Atef al-Abrik. "La rue a forcé le gouvernement à démissionner".

C'est la première fois qu'Ahed Madi voit sa ville natale ainsi.

"Cette joie, c'est inhabituel pour Saïda. C'est la première fois qu'on célèbre une démission", rit-il.

Au cœur de Beyrouth, centre névralgique de la contestation, les célébrations sont d'abord restées plus timides.

Juste avant le discours du Premier ministre, devant le siège du gouvernement, des assaillants ont attaqué le principal site de rassemblement, détruisant et incendiant les tentes érigées par les manifestants.

Mais après l'allocution, la place des Martyrs et celle voisine de Riad el-Solh, se sont remplies.

"La prochaine étape, c'est la formation d'un gouvernement de transition avec des indépendants", assure Gilles. "La balle est dans le camp des politiques".

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