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"Modern Love", quand une rubrique culte du New York Times devient série

L'actrice américaine Anne Hathaway à la première de la série "Modern Love", le 10 octobre 2019 à New YorkAngela Weiss

Des histoires d'amour en tout genre, voilà le matériau de "Modern Love", rubrique hebdomadaire du New York Times devenue culte et désormais série d'Amazon, collection de pastilles romantiques à contre-courant de la télévision actuelle.

"She dumped me": "Elle m'a largué". C'était le titre de la première chronique de "Modern Love", en octobre 2004. Depuis, près de 800 histoires, centrées sur deux êtres qui ne sont pas toujours en couple, l'ont suivie dans l'édition dominicale du New York Times.

Le lancement d'un podcast, en 2016, a encore renforcé la popularité de ces récits courts, écrits par ceux qui ont vécu l'histoire, au point que Daniel Jones, chargé de cette rubrique, dit recevoir entre 8.000 et 9.000 essais chaque année, pour 52 publiés au final.

Aujourd'hui, "Modern Love" devient série, pour la plateforme Amazon Prime, nouvel exemple de la diversification du New York Times, après le podcast à succès "The Daily" et son pendant télévisé, "The Weekly".

A l'évidence, le romantisme a été mis à l'honneur de "Modern Love" version Amazon, tant dans la sélection des huit histoires adaptées en épisodes mis en ligne à partir de vendredi, que dans le choix du réalisateur irlandais John Carney, solide référence du "feel good movie" ("Sing Street").

"Certains +Modern Love+ sont très noirs et ils n'ont pas voulu prendre les très sombres", souligne Daniel Jones.

Malgré la complexité de certains sujets, comme les troubles bipolaires, la mort du conjoint, l'adoption par un couple homosexuel, un rayon de soleil traverse ces huit vignettes d'une demi-heure environ.

Tout est filmé dans un New York idyllique, avec appartements spacieux, jardins publics à foison, restaurants et cafés intimistes, où évoluent plusieurs comédiens de premier plan, d'Anne Hathaway à Tina Fey, en passant par Dev Patel ou Catherine Keener.

- "Rafraîchissant" -

Depuis l'avènement de l'âge d'or des séries, les chaînes câblées américaines et plus encore les plateformes de streaming ont donné une tonalité générale assez noire et sarcastique à leurs séries, laquelle correspond sans doute à l'époque.

Même les comédies, comme "Fleabag", "Veep" ou "The Office" sont corrosives, et se démarquent ainsi des canons de la télévision traditionnelle, historiquement plus lisse.

"Modern Love" semble résolument prendre le contre-pied, quitte à dérouter.

"Beaucoup d'entre nous, moi la première, avons tendance à nous protéger, parce qu'on reçoit aujourd'hui énormément de choses qui nous surprennent par leur côté déplaisant", a indiqué lors d'une table ronde l'actrice Anne Hathaway, qui interprète une jeune femme bipolaire dans un épisode.

"C'est agréable d'avoir un endroit où l'on n'a pas besoin de se protéger", a-t-elle ajouté, tout en présentant la série comme "une jolie petite anthologie, pas la recette pour sauver l'humanité".

"J'espère que quand les gens regarderont, ils le feront à coeur ouvert, parce que ça ne peut pas faire de mal", abonde Cristin Milioti, qui incarne une femme hantée par son concierge.

"Parfois, les gens abordent les choses en se demandant: est-ce que c'est assez profond?", relève Gary Carr, qui donne la réplique à Anne Hathaway. "Mais des fois, on a besoin d'une échappatoire, quelque chose de rafraîchissant."

"Le romantisme est un truc assez amusant", relève Anne Hathaway, "parce que certains y sont allergiques alors que d'autres s'y trouvent bien et le prennent pour ce que c'est."

Pour autant, "Modern Love" reste dans son époque avec sa distribution ouverte à la diversité et sa capacité à aborder, même en douceur, quelques grandes questions de société.

"Je suis un homme noir gay et j'ai l'impression d'avoir vu le même genre d'histoires depuis toujours", fait valoir Brandon Kyle Goodman, dont l'épisode évoque un couple homosexuel qui veut adopter l'enfant d'une femme SDF. "Cette série et cet épisode sont passionnants parce c'est une vision différente."

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