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"Nous transpirons comme des camionneurs pour ressembler à des princesses": des danseurs gays réinventent le folklore mexicain

Quand M. Soto a découvert sur scène la compagnie de danse "Mexico en couleurs" (Mexico de colores), ce psychologue de 28 ans a eu un vrai coup de foudre. "J'ai pensé: "Oh! Je veux être là-haut sur scène. Je ne sais pas comment je vais faire, mais je veux être là-haut. Je ne sais pas me maquiller, ni danser en talons, mais je veux être là-haut avec eux", se souvient-il, les yeux maquillés et le regard surligné par d'énormes faux cils.

Là où des hommes virils coiffés de sombreros font traditionnellement tournoyer de jolies femmes dans des jupes flottantes, une vingtaine d'hommes gays alternent les deux rôles, mêlant les pas traditionnels très techniques à la danse moderne.

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Le plus difficile, confient-ils, est l'apprentissage de la sensualité délicate des marches féminines traditionnelles: faire virevolter une jupe, flotter sur le sol en talons ou encore rassembler ses jambes de façon élégante nécessite de nombreuses heures d'entraînement.

"La forme et le style des mouvements d'une femme sont très difficiles à acquérir pour nous, car la nature nous a donné une anatomie différente", explique David Reyes, 27 ans, l'un des danseurs qui a fondé la compagnie, il y a sept ans. "Nous devons transpirer comme des camionneurs pour ressembler à des princesses", résume Carlos Antunez, 57 ans, chorégraphe et directeur de l'entreprise.


Du vieux et du nouveau

Libérer le travestisme du ton burlesque qu'il a traditionnellement au Mexique et le combiner avec un folklore vénéré des Mexicains exigeait de l'audace et une vision artistique de la part du chorégraphe. C'était aussi un défi dans un pays où le machisme et l'homophobie occupent une place importante.

M. Antunez est également le coordinateur artistique du célèbre Ballet Folklorico de Amalia Hernandez - la première institution de la danse folklorique mexicaine - fondée en 1952. Cette compagnie a fait des tournées dans le monde entier et se produit toujours chaque semaine au Palais des Beaux-Arts de Mexico.
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Bien que "Mexico en couleurs" s'inspire des mêmes traditions, la danse folklorique tant appréciée des Mexicains "est complètement différente", explique M. Antunez. "Les pas que les danseurs apprennent dans une école traditionnelle sont très précis, très académiques, je ne les utilise pas, je les prends et je les transforme", dit-il. L'interprétation par des drags queens de cette danse folklorique bouscule la tradition.


"Aussi la nôtre"

M. Antunez, qui a aussi été chorégraphe pour certaines des pop stars les plus célèbres du Mexique, revendique son approche de la danse traditionnelle. "Dans la danse folklorique, l'homosexualité est toujours cachée, comme si les homosexuels n'existaient pas", remarque-t-il. "Mais la musique mexicaine est aussi la nôtre, nous faisons partie du Mexique et nous pouvons danser aussi", souligne le chorégraphe. Ce spectacle est d'autant plus audacieux que le Mexique est considéré comme un pays particulièrement hostile envers la communauté LGBT.

Selon l'ONG Letra Ese, au moins 381 personnes de la communauté LGTB ont été assassinées au Mexique entre 2013 et 2017, "vraisemblablement en raison de leur orientation sexuelle, identité ou expression de genre".
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À l'exception de Mexico - une capitale favorable aux homosexuels avec des droits égaux au mariage -, il y a une "intolérance croissante" envers cette communauté, selon la Commission nationale mexicaine des droits de l'homme. M. Antunez explique préparer ses danseurs à être hués ou sifflés lors des représentations. Mais il se réjouit qu'en sept ans d'existence, ils n'aient jamais subi d'agressions physiques. "Je pense que les gens applaudissent notre bravoure", analyse-t-il. "Vous dites essentiellement aux gens: il y a des hommes qui s'embrassent et sont heureux, c'est ainsi que nous sommes et les gens se contentent d'applaudir".

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