"Peace and love", sans gardes du corps, pour le président élu mexicain

La promesse du président élu du Mexique de gouverner "près du peuple" est radicale: il ne vivra pas à la résidence présidentielle, il va baisser son salaire, voyagera sur des vols commerciaux mais refuse aussi d'avoir des gardes du corps, ce qui inquiète les experts en sécurité.

"Même si je dois terminer sans chemise, il y aura de l'austérité", a promis Andres Manuel Lopez Obrador après sa victoire historique le 1er juillet à l'élection présidentielle mexicaine.

Le vétéran de gauche, élu sur un programme anti-corruption et anti-système, se déplace entouré d'un essaim de journalistes et d'admirateurs fervents.

"Je n'ai vu cela qu'avec Paul McCartney", commentait à l'AFP le jour de l'élection Giordano Garduño, un habitant de Mexico, devant le tumulte provoqué par "AMLO", comme on le surnomme, selon ses initiales.

Sasha Vazquez, une jeune fille de 27 ans au look hippie, est encore émue d'avoir pu approcher le président élu qui prendra ses fonctions le 1er décembre.

"De près comme de loin, il dégage de bonnes vibrations, son amour le protège, il n'a pas besoin de gardes du corps", estime-t-elle, un bandeau "Peace and AMLOve" dans les cheveux.

Au soir de sa victoire, des milliers de personnes se sont rassemblées sur le Zocalo, la place centrale historique de Mexico, certains brandissant des bougies à son effigie, habituellement réservées aux saints.

"Je vous aime comme vous m'aimez, et même un peu plus!", leur a lancé Lopez Obrador sous une pluie de confettis.

Mais cette idylle se heurte à la réalité d'un pays de plus en plus violent: cette campagne électorale aura été la plus sanglante de l'histoire récente du pays avec 145 politiciens tués.

En 2017, le Mexique a par ailleurs enregistré le chiffre record de 25.324 homicides.

- Pas de voiture blindée -

Sans voiture blindée, AMLO est constamment en contact direct avec des personnes qui l'attendent par dizaines, jour et nuit, devant son siège de campagne qui lui sert pour l'heure de bureau.

Certains lui offrent des livres, des vêtements faits à la main ou encore lui font des demandes personnelles.

"Je suis venue lui demander de l'aide parce que mon fils est en prison depuis cinq ans injustement", explique Rosalia Flores, une femme âgée arrivée en fauteuil roulant au bureau d'Obrador avec un dossier qu'elle veut lui remettre.

Comme elle, des étudiants, des agriculteurs ou des habitants expulsés de leur domicile sont venus ce jour-là lui demander de l'aide.

La sécurité de ses bureaux sera toutefois rudement mise à l'épreuve vendredi avec la visite du chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, accompagné notamment du gendre du président Trump, Jared Kushner.

Lorsque le président élu s'est rendu au Palais national la semaine dernière pour rencontrer le président sortant, Enrique Peña Nieto, la horde de médias et des admirateurs collés à sa voiture a fait voler en éclat les protocoles de sécurité présidentiels.

Les forces de police n'ont pu empêcher l'entrée de la foule au palais. Une femme est parvenue à se frayer un chemin jusqu'à Lopez Obrador, qui l'a finalement enlacée et embrassée sur la joue.

"Je ne veux pas avoir de gardes du corps, les citoyens vont prendre soin de moi (...) J'espère juste qu'ils ne m'écraseront pas", a souri Obrador.

- "Erreur totale" -

Cette approche inquiète les experts en sécurité, et même certains proches du président élu.

Pareille stratégie est une "erreur totale, qui résulte davantage du caprice que d'une réflexion", estime Alejandro Hope, ancien agent du renseignement et consultant en sécurité.

Celle que Lopez Obrador a désigné comme sa future ministre de l'Intérieur, Olga Sanchez, s'interroge également sur cette extrême proximité avec les gens.

"Le président de la République doit évidemment avoir un système de sécurité qui le protège, car la gouvernance est en jeu, la stabilité de l'Etat", a-t-elle déclaré dans un entretien avec Milenio.

Devant les critiques, AMLO aurait infléchi sa position et envisagerait d'avoir un système de sécurité alternatif, même s'il se refuse à faire appel à l'état-major présidentiel qui, traditionnellement, protège les présidents mexicains.

Pour Hope, avec ou sans l'état-major présidentiel, quelqu'un doit garantir l'intégrité du président et de sa famille, le secret de ses communications, la logistique de ses voyages et la sécurité des chefs d'État en visite au Mexique.

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