"Shutdown": Trump mis en échec au Sénat, les négociations reprennent

Le plan de Donald Trump pour sortir du "shutdown" le plus long de l'histoire américaine n'a pas passé jeudi l'obstacle du Sénat, mais après de longues semaines de surplace, les négociations entre démocrates et républicains ont finalement repris sur une possible solution temporaire.

Depuis 33 jours, les parlementaires et le président républicain butent sur la même pierre d'achoppement: le mur que Donald Trump veut construire à la frontière avec le Mexique pour lutter contre l'immigration clandestine.

Jugeant ce projet "immoral" et surtout inefficace, les démocrates refusent farouchement d'autoriser une enveloppe de 5,7 milliards de dollars pour le financer, et proposent en échange d'autres mesures de contrôle à la frontière.

Résultat: impossible depuis le 22 décembre de s'accorder sur les lois devant financer un quart des administrations fédérales. Une impasse budgétaire qui frappe 800.000 fonctionnaires et de nombreux sous-traitants.

Le texte républicain soumis à un premier vote de procédure jeudi aurait permis de financer le gouvernement jusqu'en septembre et comprenait l'enveloppe pour le mur.

Les républicains sont majoritaires au Sénat. Mais avec 53 voix sur 100, ils avaient besoin de démocrates pour atteindre le palier des 60 voix nécessaires pour que la proposition de Donald Trump soit soumise à un vote finale. Peine perdue (50 voix pour, 47 contre).

Dans la foulée, un même vote de procédure a suivi sur une contre-proposition des démocrates qui ne prévoyait de financer les administrations touchées que jusqu'au 8 février, le temps de négocier sur l'immigration, sans aucun financement pour le mur. Elle a également échoué mais, fait notable, a reçu plus de suffrages (52-44).

Rapidement après ces deux échecs, les chefs républicain et démocrate du Sénat se sont réunis pour tenter de sortir de l'impasse.

La Maison Blanche leur a publiquement donné son feu vert pour négocier sur une loi de financement temporaire de trois semaines, à condition qu'elle inclue un "gros acompte" pour financer le mur.

"S'ils me présentent un accord raisonnable, je le soutiendrai", a plus tard déclaré Donald Trump.

Mais malgré l'opposition farouche des démocrates, il persiste et signe:

"Sans un mur, on ne peut pas garantir la sécurité à la frontière", a-t-il poursuivi devant des journalistes.

La sortie de crise n'apparaît donc pas encore clairement.

Le républicain a toutefois semblé s'offrir une porte de sortie sur la question du mur, en répétant à plusieurs reprises qu'il comptait sur "de nombreuses alternatives" pour le financer.

Il a déjà évoqué par le passé la possibilité d'utiliser une procédure d'urgence pour contourner le Congrès.

- "Marie-Antoinette" -

Donald Trump a en tout cas perdu un premier duel, hautement symbolique.

Le président républicain a été contraint de reporter sine die son discours sur l'état de l'Union, prévu mardi prochain au Congrès, à la demande de Nancy Pelosi qui lui avait retiré son invitation pour des questions de sécurité liées au "shutdown", selon elle.

Donald Trump prononcera bien son discours sur l'état de l'Union, lors duquel les présidents américains exposent chaque année leur programme, mais après la fin du "shutdown", dans un "futur proche", a-t-il affirmé.

En attendant, les effets sont déjà bien réels pour les employés fédéraux au chômage forcé ou poussés à travailler sans solde, lorsque leurs emplois sont jugés essentiels.

Beaucoup, payés toutes les deux semaines, ont déjà été privés d'un salaire et semblent bien partis pour ne pas recevoir le deuxième vendredi.

Les sous-traitants aussi souffrent et, à la différence des employés fédéraux, ils ne seront pas payés rétroactivement.

Interrogé sur les fonctionnaires forcés d'avoir recours à la charité pour s'alimenter, le ministre américain du Commerce Wilbur Ross a répondu "ne pas vraiment comprendre pourquoi" ils ne pouvaient pas obtenir un prêt garanti par le gouvernement fédéral.

Apparaissant sourde aux difficultés, la réaction du ministre multi-millionnaire a immédiatement été brandie par les démocrates pour dénoncer l'"indifférence cruelle" de l'administration de Donald Trump, lui-même milliardaire.

Et les démocrates de faire une analogie avec la fameuse phrase attribuée à Marie-Antoinette pendant la disette de 1789: "S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche!"

Contrôleurs aériens, pilotes et personnels navigants ont de leur côté fait part de leur inquiétude croissante concernant la sécurité dans le transport aérien aux Etats-Unis.

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