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"Une marche de la colère" des syndicats policiers pour faire pression sur l'exécutif

Fabien Vanhemelryck le 20 août 2018 à ParisGERARD JULIEN

L'initiative est présentée comme "historique": une "marche de la colère" sera organisée début octobre à Paris à l'appel de l'ensemble des syndicats policiers qui, sur fond de vague de suicides, accroissent la pression sur l'exécutif avant les échéances des retraites et de la loi de programmation.

Gardiens de la paix, officiers, commissaires, syndicats représentatifs ou non, personnels administratifs et de police technique et scientifique: une vingtaine d'organisations ont appelé mardi à manifester le 2 octobre dans les rues de la capitale. Un trajet Bastille-République est envisagé, selon des sources concordantes.

Les responsables syndicaux parlent d'une mobilisation jamais vue depuis 2001 et les manifestations intersyndicales et tous grades organisées en réaction au meurtre de deux policiers au Plessis-Trévise (Val-de-Marne) par un braqueur récidiviste.

"Cette fois, le contexte est différent. Il n'y a pas un fait divers déclencheur mais une vraie lame de fond", relève David Le Bars, secrétaire général du syndicat national des commissaires de la police nationale (SCPN-Unsa, majoritaire).

Pour Grégory Joron, secrétaire national d'Unité SGP-FO, la vague exceptionnelle de 49 suicides dans la police depuis le début de l'année sert de catalyseur à un "malaise policier" qui, depuis plus d'un an, a déjà été abordé et documenté dans deux rapports parlementaires.

La liste des récriminations n'étonnera pas ceux, nombreux dans les couloirs de la place Beauvau, qui pronostiquaient une rentrée sociale "compliquée" au sein de la "maison police".

"Amélioration de la qualité de vie au travail", "véritable politique sociale pour les agents du ministère", "réponse pénale, efficace et dissuasive", défense des retraites et future loi de programmation "ambitieuse".

"Tous les sujets sont liés", relève David Le Bars. "Nous sommes à un tournant. Cette marche s'adresse à l'ensemble de la classe politique et d'abord à ceux qui sont aux manettes", poursuit le commissaire.

"Il est grand temps de lancer le premier avertissement en haut lieu", fait valoir Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance.

"On sait que ce genre de choses, ça va à un moment ou un autre dépasser le ministre. Donc, on vise la présidence", explique le syndicaliste.

- Loi "discount" -

Pour l'heure, les syndicats ne ciblent pas Christophe Castaner qui a rouvert les épineux chantiers sur les cycles de travail et le paiement des heures supplémentaires, et délié les cordons de la bourse avec la signature d'un coûteux protocole de revalorisation salariale en décembre 2018 (250 millions d'euros pour le budget 2020).

Mais ils doutent de sa capacité à gagner les arbitrages à l'heure où se profilent deux échéances d'importance et "budgétivores": la réforme des retraites et la future loi de programmation des forces de sécurité intérieure.

"On ne veut pas d'une Lopssi (Loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, ndlr) +discount+", avance Grégory Joron qui réclame également des "garanties" sur la future réforme des retraites.

Certaines préconisations du rapport Delevoye inquiètent tout particulièrement les syndicats. Si le principe de droit au départ anticipé est maintenu (dès 52 ans dans la police), il ne le serait plus pour tous les policiers en fonction de la dangerosité de leurs missions. L'avantageux système de bonifications pourrait être égratigné.

"On demande un statut du policier" à l'instar de celui des militaires pour les gendarmes, avance David Le Bars à l'unisson de ses collègues.

"Policiers mais aussi personnels de santé ou des transports, ça risque d'être compliqué pour le gouvernement de prétendre faire un système de retraites universel s'il multiplie les exceptions", résume anonymement un haut fonctionnaire de la place Beauvau.

Les syndicats policiers paraissent résolus à engager l'épreuve de force. "Le gouvernement sous-estime le pouvoir de nuisance que nous pouvons avoir si on commence à se mettre en colère", expose Fabien Vanhemelryck.

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