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70 ans après, une comtesse prussienne chassée de Pologne face à ses souvenirs

histoire

"C'est un moment très émouvant pour moi" : la comtesse Waltraud Finck von Finckenstein vient de récupérer une poignée d'objets ayant appartenu à sa famille, chassée de Prusse orientale lors de son rattachement à la Pologne en 1945.

"J'avais tout juste sept ans quand j'ai quitté le manoir" familial, raconte à l'AFP la comtesse, les larmes aux yeux, en prenant dans ses mains les pantoufles de son père, retrouvées par hasard avec d'autres objets dans une forêt proche de l'ancienne demeure familiale par un garçon amateur de survie en nature sauvage.

C'est lors d'une petite cérémonie organisée vendredi par les autorités locales d'Ilawa (nord-est de la Pologne) ont remis à la comtesse, entourée de quelques proches, le petit trésor. Trésor est un bien grand mot: des photos, une montre, une étole, des lunettes, une brosse à dents...

"On ignore qui a caché ces objets et quand. La date du 11 novembre 1945, écrite à la main sur l'une des enveloppes, ainsi que la lettre +H+, laissent penser qu'il s'agit d'Hildegarde von Finckenstein, la mère de Waltraud Finck von Finckenstein, la dernière de la famille à avoir quitté la Prusse orientale en novembre 1945", explique Michal Mlotek, un historien local.

A ce moment-là, Hildegarde ne savait pas encore que son mari, Hans Joachim von Finckenstein, était déjà mort: emprisonné au camp de Preussisch Holland (Paslek aujourd’hui) après l'entrée de l'Armée rouge en janvier 1945, il mourut probablement au printemps.

- Deux bidons à lait -

L'histoire de cette grande famille est depuis des siècles mêlée à celle de ce qui fut la Prusse orientale.

Les objets retrouvés ont été divisées en deux lots: d'un côté, ceux qui ont une valeur historique seront gardés et exposés au musée d'Olsztyn, grande ville de Mazurie, de l'autre, ceux qui ont une valeur personnelle ont été restitués à la famille.

Parmi ceux qui resteront en Pologne figurent notamment deux documents écrits en cyrillique.

Le premier, écrit en russe au crayon, date du 26 janvier 1945: "Camarades commandants et soldats, ne faites pas de mal aux habitants de cette maison. Il nous ont bien reçus".

Le second, daté du 28 janvier 1945, est un certificat de la confiscation par l’Armée rouge des chevaux et autres animaux de la ferme.

Cette découverte émouvante, qui remonte à un an, revient à un adolescent de 14 ans, Patryk Lessman, qui s'adonnait à sa passion pour la survie dans la nature pendant ses vacances au bord du lac Jeziorak, à proximité de Gublawki (ex-Gablauken).

"C'est en construisant une cabane, dans la forêt, au pied d'un grand hêtre, pas loin du manoir, que je suis tombé sur deux vieux bidons à lait", raconte l'adolescent originaire d'Ilawa. "Je grattais la terre pour préparer un endroit pour dormir et j'ai cogné contre un bout de métal", précise-t-il à l'AFP.

"Mon père m'a aidé à déterrer les bidons. Nous n'avons hésité une seule seconde: ces objets doivent être restitués à la famille", se remémore le jeune garçon.

"Aujourd'hui je suis très heureux de savoir qu'après tant d'années ils soient de nouveau entre les mains de la famille von Finckenstein", se réjouit Patryk en arborant un large sourire.

L'endroit exact de la découverte est tenu secret pour éviter d'attirer les nombreux amateurs de chasse au trésor qui affluent traditionnellement dans cette région constellée de lacs et de forêts qu'est la Mazurie.

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