A Davos, le changement climatique au centre de l'attention

A Davos, le changement climatique au centre de l'attention
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres lors d'un discours à Davos le 23 janvier 2019Fabrice COFFRINI

L'emballement du changement climatique s'est retrouvé au centre de l'attention jeudi à Davos où chefs d'entreprises et décideurs politiques ont été sommés d'agir à la fois par le patron de l'ONU et une adolescente révoltée.

"Nous sommes en train de perdre la course" faute de "volonté politique" et "ce pourrait être une tragédie pour la planète", a mis en garde Antonio Guterres, dans une interview diffusée par Facebook en marge du Forum économique mondial.

"L'évolution est pire que prévu" et "il est donc absolument indispensable d'inverser la tendance", a insisté le secrétaire général de l'ONU, à l'intention quelque 3.000 responsables économiques et politiques réunis depuis le début de la semaine dans cette station des Alpes suisses.

En l'absence de têtes d'affiche - Donald Trump et Emmanuel Macron, vedettes d'une édition 2018 effervescente, ont décliné l'invitation cette année -, ce sont par exemple la primatologue Jane Goodall, l'ex-vice président américain Al Gore ou le naturaliste David Attenborough qui ont occupé la scène à Davos.

"Nous nous dirigeons vers un réchauffement des températures de 4 degrés celsius pendant ce siècle, et l'indifférence passive avec laquelle la plupart des pays l'acceptent prend des airs de pacte suicidaire", avait asséné l'ancien secrétaire d'Etat américain John Kerry dans une interview à CNBC.

Fragilisé par le retrait des Etats-Unis, et la perspective de voir le Brésil prendre le même chemin, l'accord de Paris de 2015, qui se fixait l'objectif de limiter à 2% la hausse des températures par rapport aux niveaux pré-industriels, est de tout façon "insuffisant", selon M. Guterres.

"Il faut que les pays prennent des engagements plus ambitieux", a estimé jeudi le responsable onusien, jugeant que "la volonté politique est absente", alors que le changement climatique "est le problème le plus important auquel l'humanité est confrontée".

Le thème est dans tous les esprits: l'impact du changement climatique sur la croissance économique a été placé en tête des préoccupations par les participants au Forum, selon une étude publiée par les organisateurs la semaine dernière.

Transition énergétique, déforestation, préservation des océans ont figuré en bonne place des discussions. Et en début d'après-midi, les patrons de Pepsi, Coca-Cola et Dow Chemical devaient débattre autour du sujet "Transformer l'économie du plastique", un thème récurrent de la semaine.

- "Pas pour être écolo" -

Dans les couloirs, plusieurs chefs d'entreprise se disent conscients de l'urgence et disposés à évoluer, en gardant en tête leurs intérêts économiques.

"Nous ne nous intéressons pas aux énergies renouvelables pour être écolo. Nous nous y intéressons parce que c'est le meilleur moyen de rentrer sur le marché de l'électricité", un marché d'avenir pour Total, a expliqué son PDG Patrick Pouyanné, dans une interview à CNBC.

Le géant pétrolier fait partie des entreprises soutenant un think tank américain, le Climate Leadership Council, qui promeut à Davos la mise en place par les pays d'une taxe carbone efficace, dont le produit serait reversé directement aux ménages.

Cette idée a obtenu le soutien de 27 Prix Nobel d'Economie et de quatre anciens responsables de la Fed, la puissante banque centrale américaine.

Greta Thunberg, une Suédoise de 16 ans toute menue lancée dans une croisade environnementale, se charge aussi de bousculer tout ce petit monde réuni jusqu'à vendredi dans les Alpes enneigées.

Cette adolescente a lancé depuis le mois d'août une "grève de l'école pour le climat" qui l'a conduite à camper tous les vendredi devant le Parlement suédois.

A Davos, elle devait rencontrer à la mi-journée des enfants à peine plus jeunes qu'elle pour les appeler à rejoindre sa croisade, avant de participer jeudi à plusieurs rencontres en marge du programme officiel du Forum.

Il faut "se mettre en colère", a-t-elle appelé mercredi à son arrivée, au terme de 32 heures de voyage depuis Stockholm en train, un mode de transport choisi "par conviction" écologique.

Une pierre dans le jardin des grands de ce monde, qui choisissent souvent jets privés et hélicoptères, pour gagner la petite station de ski nichée dans une vallée des Alpes.

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