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A l'ONU, le Vanuatu lance la bataille pour un traité de non prolifération des énergies fossiles

A l'ONU, le Vanuatu lance la bataille pour un traité de non prolifération des énergies fossiles
Le président du Vanuatu, Nikenike Vurobaravu, s'adresse à la 77e assemblée générale des Nations unies, à New York, le 23 septembre 2022.Bryan R. Smith
 
 

Le petit Etat insulaire du Vanuatu menacé par la montée des océans a lancé vendredi à l'ONU la bataille pour la création d'un "traité de non prolifération des énergies fossiles", visant à débarrasser à terme la planète des principaux responsables du réchauffement.

"Nous appelons au développement d'un traité de non prolifération des énergies fossiles pour sortir progressivement du charbon, du pétrole et du gaz en accord avec +1,5°C", objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, a déclaré le président de l'île du Pacifique Nikenike Vurobaravu à l'Assemblée générale des Nations unies.

"Tous les jours, nous vivons les conséquences débilitantes de la crise climatique", a-t-il déclaré à la tribune, soulignant que "personne n'est immunisé contre les événements météo extrêmes qui ravagent nos îles, nos villes, nos Etats".

"Il ne reste plus de temps du tout, il faut agir maintenant".

"Notre jeunesse est terrifiée par l'avenir et le monde que nous allons leur laisser", a encore insisté le président, alors que des gouvernements ont relancé des centrales à charbon en réponse à la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine.

Le "traité de non prolifération des énergies fossiles" est une initiative lancée par des défenseurs du climat inspirés par le texte du même nom sur les armes nucléaires, dans l'objectif de sortir des fossiles en les remplaçant par des énergies "propres et bas carbone".

"Le changement climatique, comme les armes nucléaires, est une menace majeure", soulignent ses promoteurs qui ont qualifié vendredi d'"historique" le soutien du Vanuatu, "premier Etat-Nation" à les rejoindre.

La campagne assure avoir déjà reçu le soutien de plus de 65 villes et régions dans le monde, ainsi que celui de la cité-Etat du Vatican.

La semaine dernière, l'Organisation mondiale de la Santé et quelque 200 autres organisations de santé avaient elles aussi appelé les gouvernements à mettre en place un tel traité, soulignant "la grave menace qui s'intensifie pour la santé humaine".

- Pas de "remède miracle" -

Pour limiter le réchauffement à +1,5°C, sans capture de carbone (technologie non mature à grande échelle), l'usage du charbon devrait être totalement stoppé et ceux du pétrole et du gaz réduits de 60% et 70%, respectivement, d'ici à 2050 par rapport aux niveaux de 2019, selon le dernier rapport de référence des experts climat de l'ONU (Giec) publié en avril.

La planète a déjà gagné environ 1,2°C en moyenne et se dirige vers un réchauffement de +2,8°C d'ici 2100 même si les engagements individuels pris par les Etats dans le cadre de l'accord de Paris sont respectés.

"Si nous continuons à brûler des énergies fossiles, nous allons voir des îles du Pacifique disparaître, des îles comme ma patrie, les Tonga", a commenté vendredi dans un communiqué Kalo Afeaki, militant pour le climat, soulignant sa "peur" de l'avenir.

"Une nouvelle fois le Vanuatu montre au monde le leadership climatique du Pacifique", s'est félicitée Mary Gafaomalietoa Sapati Moeono-Kolio, militante néo-zélandaise.

Le Vanuatu fait en effet figure de pionnier dans les batailles juridiques contre le réchauffement et la destruction des ressources naturelles.

Il mène ainsi une campagne pour modifier le statut de la Cour pénale internationale, souhaitant que le crime d'écocide -- destruction à grande échelle des écosystèmes -- vienne rejoindre génocide, crime contre l'humanité et crime de guerre dans les actes que la juridiction peut poursuivre.

Avec d'autres Etats du Pacifique, le Vanuatu plaide également pour que la Cour internationale de justice (CIJ), qui règle les litiges entre Etats, se saisisse de la question climatique.

"Dans cette Assemblée, avec le soutien des Etats membres de l'ONU, nous allons demander à la CIJ un avis consultatif sur ses obligations existantes, en vertu du droit international, pour protéger les droits des générations présentes et futures contre les effets néfastes du réchauffement", a précisé vendredi le président Nikenike Vurobaravu, alors qu'une résolution est en préparation.

"Apporter le climat à la CIJ par l'intermédiaire de l'Assemblée générale n'est pas un remède miracle pour accroître l'action climatique", a-t-il noté. "Mais le seul outil pour nous rapprocher de l'objectif d'une planète vivable pour l'humanité".


 

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