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A Moscou, des entrepreneurs camerounais vivent le "rêve russe"

De l'or aux poignets, griffés de la tête aux pieds, les Tchassem s'engouffrent dans un fast-food moscovite branché, encadrés de gardes du corps. Ce couple d'origine camerounaise a bâti un empire en Russie et veut "faire rêver les jeunes africains".

"Les gens n'arrivent pas à comprendre ce parcours, c'est unique, mais je leur dis toujours que quand tu crois en toi et que tu bosses dur il y a un résultat", raconte Walter Tchassem, 37 ans. "Tout est possible", sourit-il après avoir commandé des burgers.

Fils de diplomates camerounais en poste en Russie, il y vit depuis 25 ans et a pris la nationalité russe. En 2006, il a cofondé avec le rappeur Timati (Timour Iounousov) et Pavel Kouryanov - rencontrés sur les bancs de l'école - la holding "Black Star", dont il tient aujourd'hui les rênes financiers.

Label de musique à l'origine, la marque a essaimé dans le streetwear (collaborant notamment avec l'armée russe) et la restauration de burgers, avec une franchise de près de 100 boutiques et fast-foods dans les pays d'ex-URSS, ainsi que dans le lavage auto version boîte de nuit, les clubs de jeux vidéo, etc. Aujourd'hui, le groupe compte 500 employés.

La réussite entrepreunariale des Tchassem - tous deux russophones - est atypique pour la Russie, davantage connue pour ses mastodontes étatiques, dans les hydrocarbures ou le secteur minier.

Et est un exemple à l'heure où Moscou organise son premier "sommet Russie-Afrique" doublé d'un forum pour relancer les relations économiques avec un continent négligé depuis la chute de l'URSS.

- Poutine "meilleur président" -

Le forum de Sotchi est "une ouverture", affirme Walter Tchassem: "Dans le long terme c'est l'Afrique qui va être gagnante, car la Russie donne beaucoup d'opportunités".

"D'ici l'année prochaine nous serons dans le marché européen", et en octobre c'est à Los Angeles qu'un burger a ouvert, ajoute-t-il.

"Notre business est basé sur le lifestyle, ça peut entrer dans n'importe quel pays parce que ce n'est pas un business politisé", affirme-t-il, faisant tourner ses bracelets.

Il vante tout de même les mérites de Vladimir Poutine, "meilleur président de la planète".

Cindy Tchassem, 32 ans, participe aux relations publiques du groupe. Elle soutient un orphelinat au Cameroun, dans le quartier de Bonabéri à Douala, et veut lancer une véritable fondation caritative.

Après leur rencontre et leur mariage à Paris, Cindy, également d'origine camerounaise, rejoint en 2012 Walter à Moscou, où ils élèvent leurs fils de 4 et 6 ans.

"En Russie, tu peux monter ton propre business à 30 ans, il y a des possibilités de succès très rapide, tu peux facilement devenir très riche quel que soit ton âge", affirme-t-elle, regrettant toutefois une culture "très macho".

- "Fashion addict" -

Dans un pays où les agressions racistes ont longtemps défrayé la chronique, le couple affirme n'avoir jamais souffert de racisme.

"Dans notre holding je suis le seul noir mais je n'ai jamais senti cela, la nouvelle génération russe voyage, ils comprennent beaucoup de choses", affirme Walter.

"J'ai réussi (...) dans un pays qui ne connaît pas l'Afrique", souligne-t-il aussi, et "je crois que la route est moins difficile ici que dans un pays qui a colonisé l'Afrique".

Les fondateurs de Black Star sont "un Africain, un Juif (la mère de Timati est russo-juive, ndlr) et un Russe, ça ouvre l'esprit!", lance Cindy.

Le couple a fait des réseaux sociaux la vitrine de leur réussite. Sur Instagram, ils cumulent plus de 400.000 abonnés, partagent des clichés glamour de voyages en yacht et jet privé, de la Côte d'Azur aux Etats-Unis, le tout en tenues bariolées de grands créateurs.

"On veut faire rêver aussi d'autres jeunes Africains", affirme Walter, "on pense que l'Africain est né pour souffrir, mais ce n'est pas le cas, il faut croire en soi et bosser!".

Walter reconnaît que la mode, "c'est un peu ma drogue, j'adore, je ne vous cache pas que je dépense énormément pour ça". "C'est un fashion addict!", s'esclaffe sa femme.

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