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A Nice, une nouvelle mission pour la police municipale: agent d'école

Dans l'infirmerie de l'école maternelle du Ray-Gorbella à Nice, plus de blouse blanche: c'est un agent de la police municipale en gilet pare-balle qui occupe le bureau, ses écrans de vidéo-surveillance installés près du lavabo.

Sur les images, Pierre Thomas, 26 ans, peut visualiser tout le quartier et les abords de l'école: "J'ai reçu un début de formation en synergologie pour repérer les gens stressés, susceptibles d'être armés ou de transporter une bombe", explique le jeune agent de sécurité sur la voie publique (ASVP).

Sa mission est unique en son genre en France: après l'attentat commis sur la Promenade des Anglais, le maire de Nice Christian Estrosi, conseillé par un cabinet israélien, a fait de la sécurisation des écoles un cheval de bataille, militant même pour placer un policier armé dans chaque établissement --une mesure refusée par le gouvernement. Finalement, seules 18 écoles primaires de Nice sur 154 ont adhéré au dispositif, une décision qui nécessitait un vote à l'unanimité dans chaque école.

Tout sourire, Pierre Thomas détaille ses tâches quotidiennes depuis février: avant l'arrivée des inscrits à la garderie du matin, le jeune homme fait le tour de l'établissement pour "une levée de doutes" puis il filtre les entrées et les sorties au portail. Depuis février, il n'y a eu pratiquement aucun incident, sinon des tensions entre parents séparés et "c'est tant mieux", dit-il.

Lorsqu'il y a une livraison, il est à nouveau à la grille: "Je prends les identités, les motifs et je fais un rapport à ma hiérarchie".

Il est aussi conseil pour les exercices de secours, en liaison radio avec ses collègues en cas d'urgence et conserve dans sa poche un bouton d'alerte, une autre innovation de la municipalité, rentrée dans les moeurs dans les écoles mais aussi auprès des commerçants.

- "De l'huile dans les rouages" -

"Au primaire, ils n'en voulaient pas et maintenant ils nous envient un peu", constate le directeur de la maternelle du Ray-Gorbella, Pierre Nowak.

Polyvalent, dynamique, Pierre Thomas met la main à la pâte pour les ateliers prévention routière, le potager d'éveil où poussent des artichauts, des fraises, de la menthe, ou pour la médiation auprès de parents virulents. Et son bureau n'a rien d'un commissariat, avec ses dessins d'enfants punaisés au mur et la photo souvenir du carnaval où il pose, déguisé en dracula, avec les bambins.

"Au démarrage, il était mis uniquement sur la sécurité et comme on a eu les attentats sur Nice, c'est quand même pas mal. Mais après, on a eu un paquet cadeau: il gère pas mal de situations, quelques activités, c'est génial, pour nous c'est une personne en plus (...) que du positif !", ajoute M. Nowak.

""Ça ne m'étonne pas qu'ils soient ravis s'ils sont tombés sur la bonne personne", observe Céline Vaillant, secrétaire départementale de la FCPE des Alpes-Martimes, qui dénonce pourtant une mesure "inutile".

"Ils sont tellement en sous-effectif que ça met un peu d'huile dans les rouages. Mais si la mairie a des crédits à allouer (...), pourquoi faire le choix d'un policier ou d'un ASVP?", dit-elle. "Une infirmière scolaire, un éducateur...: il y a beaucoup de personnes qui pourrait intervenir dans une école et qui seraient tout aussi utile".

Opposée aux mesures sécuritaires du maire, elle enfonce le clou: "Les parents de petites sections ne peuvent toujours pas accompagner leurs enfants dans la classe", regrette-t-elle, en référence à une mesure antiterroriste appliquée depuis la rentrée 2016.

En quinze ans, la maternelle du Ray-Gorbella est passée de 140 à 170 élèves. Dans le même temps, elle a perdu un emploi de secrétariat, un agent d'entretien et une femme de ménage.

L'infirmière scolaire, présente auparavant un jour par semaine, vient tous les deux ou trois mois seulement. Dans le bureau de l'agent de police scolaire, la toise, le pèse-personne et le divan d'examen en simili cuir gris reprennent alors du service.

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