A Ouistreham, le froid affûte la solidarité envers les migrants

A Ouistreham, le froid affûte la solidarité envers les migrants
Un migrant marche près du port de Ouistreham, le 26 février 2018CHARLY TRIBALLEAU

Dans le port de Ouistreham (Calvados), alors que souffle un vent d'est glacial, les habitants de la région se mobilisent plus que jamais pour aider les migrants qui "survivent" dehors dans l'espoir d'arriver à monter à bord d'un ferry pour l'Angleterre.

"C'est vraiment inadmissible. Il fait moins 10 en température ressentie avec le vent. Et ils sont là, dehors. C'est un vrai calvaire pour eux. C'est une survie de tous les jours", s'indigne Amélie Lecarpentier, 34 ans, aide-ménagère à mi-temps.

Cette mère de famille distribue lait chaud, fruits, vêtements, mouchoirs en papier, à la trentaine de migrants qui, ce lundi matin, tentent de se réchauffer autour de trois feux discrètement allumés dans des bois clairsemés, à plusieurs centaines de mètres du terminal ferry.

Sous plusieurs couches de couvertures, dans un lit de carton en partie abrité derrière une souche d'arbre, on devine un homme endormi. Un peu plus loin, près du canal, deux jeunes Soudanais tentent une brève toilette matinale avec une bouteille en plastique.

Les migrants sont en général au moins une centaine dans les bois et les rues de Ouistreham à errer dans l'espoir de réussir à embarquer sur un ferry.

"Il fait très très froid. La nuit on dort avec beaucoup de couvertures, parfois près du feu mais parfois, pas toujours, la police éteint le feu", raconte Moussa, un Soudanais qui explique avoir 16 ans. Mercredi le collectif d'aide aux migrants de Ouistreham (Camo) a diffusé sur sa page facebook des images montrant des forces de l'ordre piétinant un feu de camp et jetant, devant semble-t-il des migrants, du bois dans l'eau d'un canal.

En octobre, des journalistes de l'AFP avaient assisté au ramassage par les services municipaux de duvets et de sacs à dos d'un petit camp de Ouistreham. Les migrants vivent ainsi des dons perpétuellement renouvelés des habitants. Le maire UMP de Ouistreham, Romain Bail, dit vouloir éviter la création d'un camp de migrants à Ouistreham pour "ne pas créer d'appel d'air".

Au fil de la matinée, un à un, des habitants défilent au campement avec chacun leur sac de dons. Ils sont accueillis par de grands sourires et parfois un "bonjour, ça va?" en français. "Quand je m'endors le soir dans mon lit, je me dis qu'il y a des gens qui dorment dehors par ce froid, alors je prends le taureau par les cornes", explique Jacques-Antoine Motte, un agriculteur de 62 ans venu de Cambremer, un village situé à 50 km de Ouistreham, pour apporter une douzaine d’œufs durs et des fruits aux migrants.

- 'Leçon de vie' -

"J'ai le plus grand respect pour ces hommes. Même avec ces conditions, ils chantent, ils rient parfois. C'est une vraie leçon de vie. Je gagne 700 euros net par mois. C'est pas ça (ces dons) qui va m'envoyer dans la tombe alors que, eux, cela pourrait leur sauver la vie", ajoute Mme Lecarpentier, en collectant des vêtements pour les laver.

"Le froid a accentué la mobilisation. C'est dingue", relève Miguel Martinez, un des fondateurs du Camo, qui se bat depuis des mois pour que les migrants soient logés. Sur le campement, des tentes font leur apparition, au gré des dons. Surtout, le maire d'une commune voisine, Colleville-Montgomery, annonce l'ouverture d'un gymnase pour la nuit prochaine qui doit être la plus froide de la semaine.

Depuis plusieurs jours déjà, "une cinquantaine de personnes hébergent chez eux des migrants occasionnellement", explique M. Martinez.

Le soir venu, autour d'un repas organisé pour les migrants par le Camo, des bénévoles s'affairent à convaincre les jeunes Soudanais de se laisser conduire à Colleville et à dissiper leur crainte d'y trouver la police, tandis que des infirmières soignent les pieds et mains gonflés et endoloris par le froid.

De son côté, la préfecture souligne que des places sont disponibles en hébergement d'urgence à Caen, à 15 km de Ouistreham.

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