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Abus sexuels: de nouvelles mesures mettent les évêques américains sous pression

Abus sexuels: de nouvelles mesures mettent les évêques américains sous pression
Le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York, le 20 septembre 2018 à New YorkDrew Angerer

Nouvelle "hotline" pour signaler les abus sexuels perpétrés par des évêques, désignation d'une juge pour évaluer si les mesures contre les abus sont suffisantes: ébranlée par un été de scandales, la hiérarchie catholique américaine multiplie les annonces pour redorer son blason.

Les derniers mois auront été "l'été de l'enfer pour la famille catholique américaine", a reconnu jeudi le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York. Les catholiques veulent que l'Eglise "rende des comptes, soit transparente et agisse", a-t-il ajouté.

Il a annoncé la nomination d'une ex-juge fédérale, la très respectée Barbara Jones, pour examiner les mesures prises par son diocèse, centré sur Manhattan, pour répondre et prévenir les abus, et promis de "suivre ses recommandations".

Mercredi, la conférence des évêques américains avait annoncé le lancement d'une "hotline" gérée par "une tierce partie" pour signaler les abus commis par des évêques. Et la rédaction prochaine d'un "code de conduite" pour ces derniers.

Le cardinal Dolan a reconnu que, même s'il avait déjà pris toute une série de mesures anti-abus, les catholiques commençaient à "perdre confiance en leurs évêques" après la série noire de cet été.

Cette dernière a commencé avec l'éviction en juillet du cardinal Theodore McCarrick, accusé d'abus sexuels sur un adolescent il y a plusieurs décennies. Il est aussi ressorti qu'il avait fait l'objet d'autres plaintes d'agressions, étouffées via le versement d'importants dédommagements.

Mi-août, un volumineux rapport a exposé des décennies d'abus sexuels perpétrés au sein d'institutions catholiques de Pennsylvanie, impliquant plus de 300 prêtres et de 1.000 enfants.

- Dans le viseur de la justice -

Fin août, une lettre ouverte de l'archevêque conservateur Carlo Maria Vigano, accusant le pape François d'avoir ignoré des avertissements sur McCarrick, a ajouté aux tensions, révélant les divisions des évêques américains face à la direction du Vatican.

Jaloux de leur indépendance, les prélats sont désormais dans le viseur de la justice: après l'enquête en Pennsylvanie, la procureure générale de l'Etat de New York a annoncé une vaste enquête dans son Etat sur la façon dont les diocèses locaux avaient pu dissimuler les abus, convoquant les diocèses et demandant un accès aux archives. Cinq autres Etats enquêtent également.

"Ils sentent clairement la pression", accentuée par la baisse du nombre de fidèles, souligne Dennis Doyle, théologien à l'université de Dayton: les catholiques représentaient 20,8% de la population américaine en 2014, contre 23,9% en 2007, selon l'institut Pew.

La hiérarchie catholique, qui pensait avoir fait le ménage depuis 2002 et le scandale des abus sexuels dans le diocèse de Boston révélé par le Boston Globe - auquel le film "Spotlight" (2015) a donné un écho mondial - voit soudain "la question brûlante (des abus sexuels) ressuscitée", dit-il.

Selon lui, "beaucoup de mesures ont été prises depuis 2002", date de l'adoption d'une charte, la Dallas Charter, qui prévoit le signalement des plaintes à la justice, l'abandon des accords de confidentialité et des sanctions pour prêtres et diacres convaincus d'agression sexuelle.

Mais l'Eglise américaine rechigne encore à faire gérer les plaintes par des organismes indépendants, et se bat dans différents Etats contre les associations de victimes qui réclament l'extension des délais de prescription pour obtenir justice.

Et les mesures adoptées ne "sont pas toujours parfaitement appliquées", reconnaît Doyle.

Preuve qu'elles ne sont pas infaillibles: le diocèse de Brooklyn a accordé mardi une indemnité record de 27,5 millions de dollars à quatre hommes violés par un éducateur religieux à plusieurs reprises entre 2003 et 2009, dans une paroisse pourtant formée aux risques d'abus sexuels.

Le cardinal Dolan espère néanmoins que l'examen de la juge montrera que son diocèse "fait de (son) mieux pour tenir les promesses que nous, les évêques, avons faites à nos fidèles en 2002".

Outre des mesures de formation et de vérification des antécédents des prêtres, son diocèse a lancé fin 2016 un mécanisme d'indemnisation des victimes, géré par un cabinet d'avocats indépendant.

Quelque 278 victimes ont ainsi été indemnisées, pour un montant total de quelque 60 millions de dollars, selon Joseph Zwilling, porte-parole du diocèse.

Les victimes ont renoncé ce faisant à toutes poursuites contre l'Eglise au civil, mais ne sont tenues à aucune confidentialité.

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