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Accord sur Idleb: l'heure tourne mais rien n'a changé sur le terrain

Accord sur Idleb: l'heure tourne mais rien n'a changé sur le terrain
Une photo pris le 27 septembre 2018 dans la ville de Maaret al-Noomane dans la province d'Idleb montre des drapeaux rebelles et turcs accrochés et placés dans un baril en plastiqueOMAR HAJ KADOUR
Russie, Syrie

A l'approche de la date butoir décidée par Moscou et Ankara pour établir une "zone démilitarisée" dans la province d'Idleb, ultime grand fief insurgé de Syrie, les termes de l'accord restent floues tandis que sur le terrain rien n'a changé.

Le 17 septembre, la Russie, alliée du régime, et la Turquie, soutien de groupes rebelles, se sont mises d'accord pour instaurer d'ici au 15 octobre cette zone tampon de 15 à 20 km de large, qui doit séparer les territoires insurgés d'Idleb des secteurs gouvernementaux adjacents.

Les armes lourdes des insurgés doivent même être retirées de la zone avant le 10 octobre, tandis que les jihadistes doivent en outre avoir quitté les lieux à la mi-octobre.

L'organisation jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), dominée par l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda, contrôle en grande partie cette province (nord-ouest) mais des groupes rebelles y sont également présents de même que des soldats turcs. Le régime a repris de nombreux villages à la périphérie sud-est de la région.

Si l'initiative russo-turque a permis d'éloigner la perspective d'une offensive du régime contre la province, les points d'interrogation abondent.

Des rebelles ont rejeté certaines conditions de l'accord, notamment la participation de la police militaire russe aux patrouilles chargées de surveiller, avec les forces turques, le futur secteur "démilitarisé".

Autre zone d'ombre: les insurgés doivent-ils uniquement retirer leurs armes lourdes de la future "zone démilitarisée", ou bien sont-ils tenus de les remettre au régime ou à la Turquie?

L'incertitude majeure reste liée aux jihadistes, qui contrôlent 70% de la "zone démilitarisée" envisagée, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), et sont majoritairement murés dans un profond silence.

Leur collaboration risque d'être un des facteurs principaux de la réussite ou de l'échec de l'accord.

- "Provocations" jihadistes -

"Sur le terrain, il n'y a pas de mouvements. Personne n'a cédé ses armes, ni ses territoires", assure Haid Haid, analyste au groupe de réflexion britannique Chatham House.

"Concrètement, il y des négociations, des rencontres", poursuit l'expert, évoquant des contacts entre les services de renseignement turcs et les groupes rebelles et jihadistes.

Mercredi, le président russe Vladimir Poutine a assuré que Moscou "travaillait en solidarité avec la Turquie" sur la question d'Idleb, soulignant qu'Ankara "remplit sa part d'obligations".

Ces derniers jours, la Turquie a envoyé des troupes dans la province située à sa frontière.

Pour M. Haid, "les négociations en cours" indiquent que l'accord devrait être respecté, même si cela va se faire après "certains amendements".

L'inconnue de taille est la réaction de HTS qui ne s'est pas prononcée sur l'accord.

Jeudi, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a accusé les "combattants radicaux" et "d'autres groupes terroristes apparentés à Al-Qaïda" de chercher à torpiller l'initiative.

Ils "entreprennent toutes sortes de provocations, aggravent la situation autour du périmètre de la zone de désescalade et appellent à continuer le combat contre les forces gouvernementales", selon elle.

- "Libération d'Idleb" -

Il ne faut pas non plus oublier les dissensions entre groupes rebelles sur l'accord.

Le groupe Jaich al-Ezza a annoncé samedi rejeter l'initiative, devenant la première faction rebelle à le refuser. Il a exigé que la "zone démilitarisée" soit située à parts égales sur les territoires contrôlés par le régime et ceux sous domination rebelle.

De leur côté, le Front national de libération (FNL), principale coalition rebelle dans la région, mais aussi une de ses composantes, le groupe Faylaq al-Cham, ont nié tout retrait d'armes lourdes de la zone appelée à être démilitarisée, comme l'avait rapporté l'OSDH.

"De toute façon, nous n'avons pas d'armes lourdes dans ce secteur. Nous n'avons que des armes moyennes et légères", a dit jeudi à l'AFP le porte-parole du FNL Naji Moustafa.

Selon lui, le parrain turc s'est engagé à ce que la police militaire russe ne participe pas aux patrouilles, comme cela est prévu par l'accord.

Dans un pays ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 360.000 morts, l'accord d'Idleb permet d'éviter une offensive du régime, qui faisait craindre aux ONG une "catastrophe humanitaire".

Mais le pouvoir de Bachar al-Assad ne cache pas sa détermination à reconquérir l'intégralité du pays, après avoir consolidé son emprise sur près des deux-tiers de la Syrie, avec l'aide cruciale russe, mais aussi de l'Iran et du Hezbollah libanais.

Cette semaine, le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem a voulu donner sa chance à l'accord. "Nous avons exprimé l'espoir que l'accord russo-turc soit appliqué pour qu'il constitue un pas vers la libération d'Idleb".

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