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Affaire Le Tan: la fausse annonce immobilière de Reiser au coeur des débats

 

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Proposition sincère ou piège méticuleusement préparé? L'annonce locative à laquelle a répondu Sophie Le Tan a été au coeur des débats jeudi devant les assises du Bas-Rhin où Jean-Marc Reiser comparaît depuis lundi pour l'assassinat présumé de la jeune femme.

"Particulier loue F1 1/2 sur Strasbourg (...) loyer plus charges 350 € TTC, éligible APL (...) Conviendrait à étudiant".

Cette annonce, postée par Jean-Marc Reiser sur un site spécialisé, est l'une des pièces maîtresses de l'accusation contre lui, preuve selon elle du piège destiné à attirer de jeunes femmes dans son appartement et l'un des éléments attestant la préméditation dans l'assassinat de Sophie : la jeune femme y avait répondu et avait rendez-vous pour le visiter le 7 septembre 2018, jour de sa disparition.

Audrey l'avait repérée elle aussi, le 18 août. La jeune femme, aujourd'hui âgée de 25 ans, était alors en recherche d'un logement pour la rentrée universitaire.

Le texte "n'était pas très précis, il n'y avait pas de photos. J'ai envoyé un message et j'ai eu un échange" avec le loueur, a indiqué à la cour la jeune femme, qui s'exprimait en visioconférence.

- "Bizarre" -

"Je lui ai posé quelques questions basiques" mais "la réponse systématique, c'était que je verrais une fois sur place", a dit Audrey, qui ajoute avoir trouvé cela "bizarre".

Autre point étrange, son interlocuteur, "fuyant", ne lui donne pas rendez-vous à l'appartement mais "dans le secteur".

Étonnée par cette façon de procéder, elle se rend au rendez-vous, fixé deux jours plus tard, avec son petit ami. Mais une fois sur place, personne ne vient, en dépit des relances d'Audrey.

A ce moment, "mon copain me dit : +Imagine si c'est une fausse annonce avec de mauvaises intentions+", se souvient Audrey, qui verra quelques semaines plus tard sur Facebook l'annonce de la disparition de Sophie Le Tan et se rendra à la gendarmerie.

Absente jeudi pour des raisons médicales, Zehra a elle aussi répondu à la même annonce, début août.

Selon le compte-rendu de son audition devant les enquêteurs, lu par le président de la cour d'assises, elle a échangé avec un certain "Pierre", qui proposait de louer l'appartement laissé vacant par sa fille.

Après deux rendez-vous manqués, Zehra se présente au troisième le 13 août avec un peu de retard, mais en ayant prévenu "Pierre", qui ne se montrera jamais, dit la jeune femme, aujourd'hui âgée de 29 ans.

Un peu plus tard, elle tombera sur une autre annonce, elle aussi rédigée par Jean-Marc Reiser et dont le numéro de téléphone, différent de la première, s'avèrera être le même que celui proposé à Audrey.

Au rendez-vous qu'elle finit par obtenir, là encore, personne ne vient. Dans l'immeuble où elle a pénétré, des habitants lui affirment qu'aucun appartement n'y est à louer. Furieuse, elle part, non sans laisser une bordée d'injures sur le répondeur du loueur.

Suivra un échange de SMS de plusieurs jours entre Reiser et la jeune femme, sorte de tentative de séduction malsaine entre les deux correspondants auquel Zehra mettra fin.

- "Psychanalyse de canapé" -

Reiser s'y décrit comme un "rentier" à l'"allure sportive", proposant de lui offrir de l'héberger gratuitement en échange d'un "extra une à deux fois par mois genre psychanalyse de canapé".

Alors qu'il est jugé pour assassinat, il nie avoir prémédité son acte et avoir tendu un piège avec cette fausse annonce.

Il avait dans un premier temps soutenu avoir rencontré Sophie par hasard dans la rue. Elle aurait été alors blessée à une main et Reiser lui avait proposé de venir chez lui pour la soigner.

Un scénario mis à mal par deux voisins de l'accusé, qui ont croisé l'étudiante dans l'immeuble le 7 septembre et assuré qu'elle n'était "pas blessée" et qu'elle était "seule".

A la barre, ces derniers ont par ailleurs évoqué l'odeur pestilentielle et la présence de mouches dans le local poubelles de l'immeuble quelques jours après.

Cerné par les preuves, notamment la téléphonie, d'importantes traces de sang effacées dans son appartement et de l'ADN de la victime retrouvé sur le manche d'une scie à métaux qui a servi à découper le corps de la jeune femme, Jean-Marc Reiser a fini par avouer début 2021 avoir tué Sophie, retrouvée en forêt plus d'un an après sa disparition.


 

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