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Affaire libyenne: Claude Guéant interrogé par les juges d'instruction

Affaire libyenne: Claude Guéant interrogé par les juges d'instruction
Claude Guéant en janvier 2017 à ParisTHOMAS SAMSON

L'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant était entendu mardi par les juges d'instruction parisiens qui enquêtent sur les accusations de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, une audition qui pourrait se solder par une nouvelle mise en examen.

Celui qui fut aussi le secrétaire général de l'Elysée sous la présidence Sarkozy est entendu pour la première fois depuis sa mise en examen le 7 mars 2015 pour blanchiment de fraude fiscale en bande organisée, faux et usage de faux. En cause: un virement suspect de 500.000 euros sur son compte, non justifié aux yeux des enquêteurs.

Après la mise en examen en mars de Nicolas Sarkozy pour "corruption passive", "recel de détournements de fonds publics libyens" et "financement illégal de campagne électorale", puis celle d'Eric Woerth la semaine dernière pour "complicité" de ce financement en tant que trésorier à l'époque, c'est au tour de l'ex-directeur de campagne de s'expliquer.

Les magistrats soupçonnent un lien entre un possible financement libyen de la campagne électorale victorieuse et une forte circulation d'espèces au sein du camp Sarkozy, relevée par les policiers dans un rapport de septembre 2017. Selon son avocat, Eric Woerth a été mis en examen pour la circulation de 11.000 euros non déclarés.

Dans son rapport, la police anticorruption de l'Oclciff avait aussi souligné "l'usage immodéré des espèces" de Claude Guéant, relevant qu'il n'avait retiré que 800 euros de ses comptes en près de 10 ans, entre 2003 et 2012. Une pratique justifiée selon sa défense par le fait qu'il a perçu, durant toute sa carrière à l'Intérieur, une partie de son traitement en liquide, selon un système en vigueur jusqu'en 2015.

Ces dernières années, Claude Guéant a accumulé les ennuis judiciaires: condamné en appel en 2017 dans le procès de ces primes en liquide, il est mis en examen dans l'affaire des sondages de l'Elysée et a été entendu à la mi-mai en garde à vue dans l'affaire de corruption présumée du "Kazakhgate". Sans toutefois être convoqué à ce stade chez le juge, selon son avocat. Ses biens immobiliers ont été saisis en 2017 dans l'affaire libyenne.

- "Constat d'échec" -

Depuis 2013, les juges mènent des investigations d'envergure pour vérifier les accusations portées par d'anciens dignitaires du régime de Mouammar Kadhafi et par le sulfureux intermédiaire Ziad Takieddine.

En novembre 2016, M. Takieddine, lui-même poursuivi dans ce dossier, avait affirmé avoir remis, entre fin 2006 et début 2007, cinq millions d'euros en liquide à M. Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à Claude Guéant, son directeur de cabinet d'alors.

"Claude Guéant a une position très nette depuis le début: il n'a jamais vu un centime d'argent libyen", déclare à l'AFP son avocat, Me Philippe Bouchez El Ghozi.

"Ce rapport de police de 2017, c'est un constat d'échec: faute de trouver les preuves de versements en amont, on cherche la trace de l'argent en aval", assure-t-il.

Les enquêteurs ont cependant identifié en amont des opérations suspectes ayant pu masquer d'éventuels détournements de fonds.

L'affaire libyenne a rattrapé Claude Guéant après la découverte en 2013 d'un virement de 500.000 euros, arrivé le 3 mars 2008 sur son compte, en provenance d'une société d'un avocat malaisien. Claude Guéant a expliqué, sans convaincre les juges, que ce virement était le fruit de la vente à cet avocat de deux tableaux de peinture flamande.

L'avocat malaisien avait reçu une somme similaire quelques jours plus tôt d'un puissant homme d'affaires saoudien, Khalid Ali Bugshan, également mis en examen. Ce dernier est lié à l'homme d'affaires français Alexandre Djouhri, un ami de M. Guéant.

Arrêté en janvier à Londres et sous la menace d'une extradition, M. Djouhri est soupçonné d'être derrière la revente suspecte en 2009 à un prix surévalué d'une villa dans le sud de la France à un fonds libyen géré par Bachir Saleh, l'ex-argentier du régime libyen déchu.

Mercredi dernier, la défense de Nicolas Sarkozy a saisi la cour d'appel de Paris pour demander la nullité de sa mise en examen et d'une partie de l'enquête, ainsi que sa suspension immédiate en attendant la décision.

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