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Affaire Zineb Redouane: le parquet de Marseille sous pression

Affaire Zineb Redouane: le parquet de Marseille sous pression
Un manifestant tient une pancarte lors d'un rassemblement de Gilets jaunes à Marseille le 27 avril 2019GERARD JULIEN

Les avocats de la famille de Zineb Redouane, grièvement blessée par une grenade lacrymogène à Marseille en décembre et décédée à l'hôpital, ont accentué la pression sur le parquet de Marseille mardi, saisissant le CSM et appelant à dépayser au plus vite l'enquête sur cette "affaire d'Etat".

Le samedi 1er décembre, de violents incidents avaient éclaté en marge d'une manifestation contre le logement insalubre, pour le climat, et d'une autre des "gilets jaunes". Dans son appartement au 4e étage, Zineb Redouane, 80 ans, avait été frappée en plein visage par une grenade lacrymogène en fermant ses fenêtres. Elle était morte sur la table d'opération à l'hôpital le lendemain.

Une information judiciaire a été ouverte deux jours plus tard, dès le 4 décembre, a rappelé mardi à l'AFP le procureur de la République de Marseille Xavier Tarabeux, et l'enquête, dont le dépaysement a été demandé, est donc depuis cette date menée par une juge d'instruction.

Le procureur n'en est pas moins au coeur des critiques de Me Yassine Bouzrou, un des avocats de la famille de Mme Redouane: M. Tarabeux "a manqué à ses obligations déontologiques", assène-t-il dans une lettre au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) révélée par La Provence et consultée mardi par l'AFP.

Me Bouzrou accuse le procureur d'avoir "sciemment menti" en ne faisant pas le lien dans ses premières déclarations entre la blessure de Mme Redouane et son décès. Au lendemain du décès de l'octogénaire, le procureur avait déclaré à l'AFP qu'elle était morte d'un "choc opératoire" et que l'autopsie avait révélé que le "choc facial n'était pas la cause du décès".

Pour l'avocat, M. Tarabeux "ne pouvait ignorer à la lecture du rapport d’autopsie" que ces "affirmations" étaient fausses. "L'hospitalisation de Mme Zineb Redouane s’est imposée immédiatement suite au tir de grenade lacrymogène", insiste dans son courrier au CSM Me Bouzrou, qui demande que des "sanctions disciplinaires appropriées" soient prises à l'encontre de M. Tarabeux.

- "Incroyable" -

"Le dossier est en cours de procédure de dépaysement, je ne m'explique pas la persistance avec laquelle cet avocat s'écarte ainsi de l'intérêt primordial de déterminer les circonstances du décès de Mme Redouane", a réagi ce dernier auprès de l'AFP.

Mais Me Bouzrou reproche également au procureur dans son courrier au CSM de ne "pas avoir porté à la connaissance des parties et des magistrats chargés du dossier", la présence d'un procureur adjoint, André Ribes, sur le terrain lors des incidents, et qui avait mené l'enquête à son démarrage.

"Cette enquête est restée sous la direction du parquet environ 48 heures et aucun élément objectif ne vient démontrer pendant cette phase un manque d’impartialité ou un défaut de diligences de l'ensemble des acteurs de cette enquête", s'est défendu dans un courrier adressé à La Provence M. Ribes.

Ce dernier, dont le procureur général d'Aix-en-Provence Robert Gelli a rappelé qu'il avait "toute légitimité" à se trouver sur le terrain, assure aussi avoir reçu des menaces de mort sur les réseaux sociaux. Mardi, les magistrats du parquet de Marseille ont dénoncé dans une motion de soutien "une insidieuse campagne de presse de dénigrement" à son encontre.

Dans ce contexte tendu, Me Brice Grazzini, l'avocat du fils de Mme Redouane, a de son côté appelé à dépayser au plus vite l'enquête: "C'est incroyable que la Cour de cassation ne se soit toujours pas saisie de ce dossier, qui tourne à l'affaire d'Etat", a-t-il déploré auprès de l'AFP.

Me Grazzini va déposer prochainement une quinzaine de demandes d'actes, a-t-il déclaré à l'AFP: il veut notamment demander l'audition de M. Ribes en qualité de témoin, mais aussi la transmission intégrale dans le dossier d'une autre autopsie, réalisée en Algérie, et une nouvelle autopsie en France à la lumière du dossier médical de Mme Redouane, ainsi que la saisie des cinq armes utilisées sur les lieux du drame. Avec un espoir: "faire avancer l'information" judiciaire.

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