Afghanistan : 100 morts parmi les défenseurs de Ghazni, la population souffre

Les combats pour le contrôle de la ville de Ghazni (est) ont fait en quatre jours au moins 100 morts au sein des forces de sécurité, près du double chez les talibans, et l'ONU s'inquiète de risques humanitaires pour la population.

Dans le principal hôpital de la ville, les médicaments se raréfient à mesure que les blessés arrivent. Les cadavres s'amoncellent dans cet établissement "débordé", selon la Croix-Rouge.

"Environ 100 membres des forces de sécurité ont perdu la vie, ainsi que de 20 à 30 civils", a déclaré lundi le ministre de la Défense Tariq Shah Bahrami au cours d'un point de presse. Quelque 194 talibans ont été tués et 147 blessés, a-t-il ajouté.

Le gouvernement afghan affirme garder le contrôle des principaux bâtiments publics de Ghazni, située à environ deux heures de route de Kaboul. Mais des habitants décrivent des talibans déambulant dans les rues.

Neuf raids aériens ont été effectués au cours de la seule journée de lundi, coûtant la vie à environ 95 talibans, a affirmé le ministre Bahrami.

"L'opération de nettoyage de la ville a commencé dans quatre directions", a-t-il poursuivi, promettant "des changements considérables dans les prochaines 24 heures".

La présidence avait auparavant annoncé l'envoi de renforts "aussi vite que possible" à Ghazni, prise d'assaut jeudi soir.

Les réseaux téléphoniques sont pour la plupart coupés, rendant les informations difficiles à vérifier.

Dimanche soir, les talibans faisaient du porte-à-porte, exigeant de l'eau, du thé ou encore des brouettes pour transporter leurs blessés, a constaté un correspondant de l'AFP dans la ville.

Leur porte-parole Zabiullah Mudjahid a qualifié de "sans fondement" les annonces des autorités afghanes. "Des discussions sont en cours pour la reddition" des forces afghanes, a-t-il affirmé sur Twitter.

D'autres habitants ont raconté à l'AFP dimanche soir que l'électricité restait coupée et la nourriture rare. Des cadavres de rebelles et de soldats étaient visibles dans les rues, tandis que les bâtiment publics étaient incendiés par les talibans.

- "Fuir" -

"Tout le monde cherchait un moyen de fuir la ville. La plupart des gens se cachent encore dans leurs caves, les combats se poursuivant d'une rue à l'autre", a déclaré une journaliste de Ghazni, Fayeza Fayez, arrivée dimanche soir à Kaboul.

Les Nations unies ont exprimé leur inquiétude quant à la détérioration des conditions de vie, appelant les deux parties à respecter les droits des civils pris dans les combats.

"Les médicaments dans le principal hôpital se raréfient et les gens ne peuvent y amener en sécurité des victimes pour qu'elles s'y fassent soigner", a fait savoir l'Ocha, le bureau de l'ONU chargé de la coordination des actions humanitaires.

"Nous avons un manque de personnel soignant", a déploré Mohammad Arif Omari, un médecin de cet hôpital, ajoutant que 166 blessés, dont des femmes et des enfants, avaient été soignés depuis le début des combats dans son établissement, "presque tous blessés par des balles ou par des éclats".

De nombreux corps gisaient, parfois dans des cercueils en bois, parfois à même le sol.

La Croix-Rouge a fait parvenir près de 200 litres d'essence pour le générateur de l'hôpital ainsi que des médicaments pour 100 personnes, selon sa porte-parole Andrea Catta Preta.

Les talibans ont lancé l'assaut sur Ghazni à un moment où la pression s'accentue pour qu'ils négocient avec le gouvernement afghan afin de trouver une issue à une guerre vieille de près de 17 ans.

Ghazni se trouve sur l'axe majeur Kaboul-Kandahar, qui relie la capitale aux provinces du Sud, en grande partie sous le contrôle des talibans. Lundi, des rumeurs faisait état d'un blocage de cette route par les talibans, ce que l'AFP n'a pu vérifier.

Un des porte-parole du contingent américain en Afghanistan a de son côté apporté un démenti, affirmant que les forces afghanes "occupent les points de contrôle clés pour maintenir la sécurité".

"La ville de Ghazni reste sous le contrôle du gouvernement afghan et les forces talibanes disparates qui demeurent dans la ville ne créent pas une menace d'effondrement", a-t-il ajouté.

Des médias locaux faisaient par ailleurs état de la disparition d'une centaine de membres des forces spéciales afghanes qui se rendaient à Ghazni. Un cadre du ministère de la Défense, sous le couvert de l'anonymat, a infirmé ces informations.

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