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Afghanistan: Ghani offre un cessez-le-feu aux talibans pour l'Aïd-el-Fitr

Afghanistan: Ghani offre un cessez-le-feu aux talibans pour l'Aïd-el-Fitr
Le président afghan Ashraf Ghani, le 28 février 2018 à KaboulSHAH MARAI

Le président afghan Ashraf Ghani, dont les offres de paix sont restées jusqu'à présent sans réponse, a annoncé jeudi un cessez-le-feu unilatéral et temporaire avec les talibans pour la fin du ramadan.

Ce cessez-le-feu, qui ne s'appliquera qu'aux talibans et pas au groupe Etat islamique, sera observé à partir du "27e jour du ramadan (mardi) et se poursuivra jusqu'au cinquième jour de l'Aïd-el-Fitr", censé commencer en fin de semaine prochaine, sans doute vendredi 15 juin, a précisé jeudi le président en direct à la télévision.

Au total, l'interruption des combats durerait donc un peu plus d'une semaine, vraisemblablement du mardi 12 au mercredi 20 juin, hypothèse jugée cependant peu probable par les observateurs.

Contacté par l'AFP, le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid a réservé sa réponse, indiquant qu'il "vérifiait cette annonce avec les responsables" du mouvement.

Ashraf Ghani a expliqué que son offre, inédite à l'occasion d'une fête religieuse et dont on ignore si elle sera respectée par les insurgés, était consécutive "à la fatwa historique des oulémas afghans", qui ont décrété lundi le terrorisme contraire à l'Islam.

"Le gouvernement afghan ordonne à toutes les forces de sécurité et de défense de cesser leurs attaques contre les talibans pendant ce cessez-le-feu, mais les opérations se poursuivront contre Daech (acronyme arabe de l'EI), Al-Qaïda et les autres groupes terroristes internationaux", a-t-il insisté.

Lundi, 3.000 oulémas de tout le pays se sont réunis pour publier une fatwa déclarant les attaques-suicide +haram+ (interdites) et recommandant un cessez-le-feu aux belligérants.

"Le gouvernement soutient cette fatwa adoptée à l'unanimité et appuie le cessez-le-feu recommandé", a approuvé le chef de l'Etat afghan.

Une heure après la publication de cette fatwa, en direct à la télévision, un kamikaze se revendiquant du groupe Etat islamique se faisait exploser à l'entrée de la tente où se tenait l'assemblée des religieux, faisant sept morts.

"Nous espérons que l'autre partie observera ce cessez-le-feu", a appuyé le chef d'état-major de l'armée afghane, le général Sharif Yaftali, lors d'une conférence de presse.

Le général américain John Nicholson, commandant des forces de l'OTAN dont les Américains constituent la majorité, a également annoncé que celles-ci "honoreraient" la trêve.

"Nous rejoignons l'aspiration de l'Afghanistan à vivre une fin de ramadan en paix", a-t-il affirmé dans un communiqué, ce qui "ne concerne pas la lutte anti-terroriste".

- "Hautement improbable" -

Mais l'analyste politique Haroon Mir a jugé cette perspective "hautement improbable" et relève plutôt l'aspect "symbolique" du message.

"En proposant un cessez-le-feu après l'appel des oulémas et en pleine année électorale, le président essaie sans doute de renforcer sa position et de se présenter en faiseur de paix", a-t-il expliqué à l'AFP.

Des élections législatives, les premières depuis 2010, sont prévues en octobre et une présidentielle devrait suivre en 2019.

Fin février, lors d'une conférence régionale, le président Ghani a proposé des pourparlers de paix aux talibans, qui pourraient devenir un parti politique s'ils acceptent un cessez-le-feu et reconnaissent la Constitution de 2004.

Depuis, les intéressés n'ont pas répondu officiellement. Mais ils ont continué les attentats meurtriers, ciblant en priorité les forces de sécurité, police et armée depuis le début du ramadan, tout en continuant de se battre âprement dans les provinces de Farah (Ouest) et Ghazni (Centre-Est).

Le général Nicholson a néanmoins affirmé récemment que les insurgés "négocient en secret" avec les autorités afghanes.

"Il y a des discussions intenses au sein des talibans, ce qui explique pourquoi nous n'avons jamais reçu de réponse formelle à l'offre de paix du président Ghani", a-t-il affirmé.

Les civils sont en première ligne dans ce conflit qui s'éternise, avec une armée de plus en plus démotivée et qui, à l'exception des forces spéciales, peine à refaire ses rangs.

Le gouvernement afghan ne contrôle que 56,3% du territoire alors que les insurgés accroissent le leur sur la population (de 9% en 2016 à 12% début 2018), selon le Sigar, un organisme dépendant du Congrès américain.

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