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Afghanistan: la campagne électorale débute dans la peur après une attaque contre un candidat

Les candidats à la présidentielle en Afghanistan démarrent leur campagne dans la peur au lendemain d'une sanglante attaque contre les bureaux d'Amrullah Saleh, un colistier du président afghan Ashraf Ghani, connu pour ses positions hostiles aux talibans.

L'attentat de dimanche, commis à Kaboul le jour même du début de la campagne pour l'élection présidentielle prévue le 28 septembre, a fait 20 morts et 50 blessés, pour la plupart des civils, selon un nouveau bilan publié lundi par le ministère de l'Intérieur.

L'attaque, non revendiquée, a alarmé la classe politique afghane. Elle a visé les bureaux de l'Afghanistan green trend (AGT), un mouvement politique fondé par Amrullah Saleh, présent sur la liste d'Ashraf Ghani en position de premier vice-président, et ne s'est achevée que tard dans la nuit au terme de presque six heures de combats entre assaillants et forces de l'ordre.

"La plupart des candidats s'inquiètent de la sécurité, mais il faut qu'ils fassent campagne", a réagi Mohammad Hakim Torsan, un petit candidat dont les chances de succès paraissent maigres.

"Le gouvernement n'a pas fait attention à la sécurité des candidats", accuse Qadir Shah, le porte-parole de Hanif Atmar, l'un des principaux adversaires du président Ghani.

Outre Hanif Atmar, douze autres candidats ont retardé le lancement de leur campagne du fait de l'insécurité, mais aussi en signe de protestation. Ils estiment que le chef de l'Etat afghan, qui brigue un second mandat, profite de son statut actuel pour pousser son avantage, a indiqué M. Shah.

D'après Nasrat Rahimi, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, les forces de sécurité se sont pourtant préparées pour l'élection depuis huit mois et ont pris des "mesures sérieuses" pour protéger les candidats, à qui des voitures blindées ont notamment été fournies.

Aucun groupe insurgé n'a revendiqué l'attaque de dimanche. Un porte-parole des talibans n'a pas répondu aux questions de l'AFP.

- Evacué à temps -

Les précédents scrutins en Afghanistan ont été marqués par des attentats sanglants, les talibans et d'autres groupes extrémistes, notamment la branche afghane du groupe Etat islamique (EI), s'efforçant de déstabiliser la fragile démocratie afghane.

Présent dans ses bureaux, M. Saleh, ex-ministre de l'Intérieur et ancien chef des renseignements, connu pour ses positions extrêmement hostiles aux talibans, a pu être évacué à temps par son service de sécurité.

Sur son compte Twitter, l'AGT avait rapidement fait savoir que M. Saleh, qui figure sur le trio formant la liste électorale du président-candidat Ghani en position de premier vice-président, allait "bien".

Des photos l'ont d'abord montré portant un bandage ensanglanté au bras droit. Puis, plus tard, sans aucun bandage.

"Mon frère, vrai fils du sol afghan et premier vice-président de mon équipe électorale, @AmrullahSaleh2, a survécu à une attaque complexe des ennemis de l'Etat", a tweeté le président Ghani, qui s'est dit "soulagé".

La présidentielle, initialement prévue le 20 avril, a déjà été reportée deux fois. Les Afghans se déclarent sceptiques quant à la transparence du scrutin, tant celui de 2014 avait été entaché de fraudes.

Hanif Atmar, l'ancien conseiller ès sécurité de M. Ghani, et douze autres candidats ont menacé de boycotter le scrutin si la communauté internationale ne s'assure pas qu'il est "propre".

Samedi, le gouvernement afghan avait annoncé l'imminence de discussions directes avec les talibans. Les talibans ont jusqu'ici fermement refusé de discuter avec le gouvernement du président afghan, qu'ils considèrent illégitime, à l'exception d'une réunion récente à laquelle des représentants gouvernementaux avaient pris part "à titre personnel".

Des sources diplomatiques ont fait savoir à l'AFP que les pourparlers devraient débuter le 7 août à Oslo.

Parallèlement, l'émissaire américain pour la paix Zalmay Khalilzad, actuellement à Kaboul, doit se rendre à Doha dans les prochains jours pour une huitième série de négociations directes avec les talibans.

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