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Aléna: Washington et Mexico optimistes, Ottawa silencieuse

Aléna: Washington et Mexico optimistes, Ottawa silencieuse
Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, devant le Sénat américain, le 22 mars 2018 WIN MCNAMEE

Washington et Mexico ont affiché jeudi un regain d'optimisme sur la renégociation du traité de libre-échange nord-américain (Aléna), évoquant une possible conclusion en août après des mois d'enlisement, une attitude qui tranche néanmoins avec le silence d'Ottawa.

"On cherche à conclure (les négociations) au cours du mois d'août et mon sentiment est que ce n'est pas une échéance déraisonnable si tout le monde veut que cela se fasse", a déclaré le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, lors d'une audition au Sénat peu avant sa rencontre avant des responsables mexicains venus dans la capitale fédérale américaine pour reprendre les tractations interrompues depuis juin.

"La fenêtre d'opportunité (...) de parvenir à un accord est entre aujourd'hui et la fin août", a estimé de son côté le ministre mexicain de l'Economie, Ildefonso Guajardo, à l'issue d'une rencontre avec M. Lighthizer.

Le gouvernement canadien n'avait en revanche pas encore réagi aux sollicitations de l'AFP.

Plus tôt, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, avait lui-même indiqué que Washington espérait nouer "un accord de principe" prochainement.

Outre Ildefonso Guajardo, le ministre mexicain des Affaires étrangères, Luis Videgaray, a fait le déplacement à Washington jeudi pour reprendre les discussions avec les représentants américains.

Des membres de l'équipe du nouveau président élu mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, étaient également présents en tant qu'observateurs.

Le gouvernement mexicain avait indiqué plus tôt cette semaine qu'un accord sur l'Aléna pourrait être trouvé d'ici la fin du mandat du président Enrique Pena Nieto, prévue le 30 novembre.

Pour autant, la forme que l'accord pourrait finalement prendre demeure incertaine.

Mercredi, le Mexique et le Canada ont réaffirmé leur volonté de maintenir le caractère trilatéral du traité malgré les menaces de la Maison Blanche d'opter pour des accords bilatéraux.

Mais Steven Mnuchin a introduit une confusion jeudi en soulignant que Donald Trump n'excluait toujours pas l'adoption d'accords bilatéraux Etats-Unis/Canada et Etats-Unis/Mexique.

- Mexique sous pression -

Ces déclarations interviennent aussi alors que dans une lettre adressée au président élu mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, révélée mardi, le président américain presse le Mexique de faire aboutir "rapidement" les négociations, menaçant à défaut d'emprunter "une route très différente", en référence à sa menace constante de sortir du traité.

"Ce ne serait pas ma préférence, mais ce serait bien plus profitable aux Etats-Unis et à leurs contribuables", a écrit le président américain qui a imposé il y a près d'un an les négociations pour moderniser l'Aléna.

Prônant l'Amérique d'abord, le président républicain n'a eu de cesse de dénoncer cet accord le jugeant responsable de la disparition de milliers d'emplois aux Etats-Unis, en particulier dans le secteur automobile en raison de délocalisations massives d'usines vers le Mexique, où la main d'oeuvre est moins chère.

Il a aussi déploré l'important déficit commercial des biens avec Mexico, 70,95 milliards de dollars en 2017 contre un excédent de 1,6 milliard avant l'entrée en vigueur de l'Aléna en 1994.

Les trois pays sont convenus que cet accord, vieux de près d'un quart de siècle, avait besoin d'une cure de jeunesse. Et, ils avaient initié mi-août 2017 les tractations avec la volonté d'aller vite.

Mais les discussions ont achoppé sur les exigences de l'administration Trump. Cette dernière veut notamment imposer une "clause crépusculaire" (sunset clause), qui, tous les cinq ans, permettrait aux parties de mettre fin à l'accord.

La Maison Blanche entend aussi augmenter considérablement la part des composants américains dans le secteur automobile.

Après sept sessions, les négociations s'étaient arrêtées mi-juin, à l'approche des élections mexicaines du 1er juillet.

"Tout est possible", a commenté jeudi le ministre mexicain de l'Economie, Ildefonso Guajardo. "Nous avons neuf chapitres (du traité) totalement terminés, et 10 pratiquement finis", a-t-il expliqué.

Le traité Aléna est crucial pour le Mexique qui exporte 80% de ses biens, essentiellement des biens manufacturiers comme les voitures mais aussi des produits agricoles, vers les Etats-Unis.

"Nous avons fait des progrès significatifs et le Canada croit qu'une modernisation de l'Aléna +gagnant-gagnant-gagnant+ est tout à fait à notre portée, nous travaillons dur pour cela", avait redit mercredi Chrystia Freeland, qui dirige les négociations pour son pays.

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