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Alfonso Cuaron, le cinéaste qui réécrit son enfance en noir et blanc

Pour Alfonso Cuaron, "Roma", Oscar du meilleur film en langue étrangère dimanche soir, a été une machine à remonter le temps qui l'a propulsé dans le quartier éponyme de Mexico où il a grandi dans les années 1970.

Meubles d'origine, photographies, objets personnels... Le réalisateur mexicain a reconstitué au détail près sa maison d'enfance pour y situer son film, reparti lors de la 91è cérémonie des Oscars avec trois statuettes dorées --celles de meilleur réalisateur, meilleur film en langue étrangère et meilleure photographie.

"Ce prix appartient au Mexique. C'est un film, sur tous les plans, mexicain", a déclaré, devant les journalistes, le cinéaste.

Mais le triplé de "Roma" est aussi une victoire pour Netflix, première plateforme de vidéo à la demande à voir un de ses films sacré dans la catégorie de meilleur réalisateur.

Après "Gravity", qui avait raflé sept Oscars en 2014, Alfonso Cuaron a souhaité faire un film plus intimiste et personnel, partiellement autobiographique. Il parle des deux femmes qui ont marqué son enfance: sa mère, en train de se séparer de son mari, et la femme de ménage, une jeune femme d'origine amérindienne.

"Je ne pouvais pas imaginer l'impact que cela aurait sur moi et ma famille. Ils sont venus visiter le plateau et ont eu la même réaction que moi. Non seulement nous avons recréé l'intérieur de la maison, mais aussi la façade et garé exactement les mêmes voitures dans la rue. C'était notre maison", se souvient Alfonso Cuaron, 57 ans.

Un portrait en noir et blanc, subtil et profond à la fois, des rapports familiaux et sociaux qui l'entouraient à l'époque dans la société mexicaine.

"Il arrive un moment dans ta vie où tu veux comprendre qui tu es en remontant au point de départ", a expliqué Cuaron à l'AFP lors d'une présentation de "Roma" à Los Angeles. "Et à ce moment-là, j'avais 10 ans et je rêvais encore d'être astronaute", sourit le Mexicain, deuxième de quatre enfants.

Deux ans plus tard, sa mère, Cristina Orozco (rebaptisée Sofia dans le film), lui offrira pour Noël une petite caméra qui déclenchera sa passion pour le cinéma.

Elle est morte avant que "Roma" ne soit complètement terminé, mais son fils a eu le temps de lui montrer une version presque aboutie. "Elle a ressenti une grande nostalgie", se souvient le réalisateur, premier hispanophone à avoir remporté l'Oscar dans cette catégorie pour son odyssée spatiale.

- Les "Trois amis" -

"Roma", qui avait déjà raflé de nombreux prix, du Lion d'Or de Venise aux Bafta britanniques en passant par les Golden Globes, est la première oeuvre réalisée par Cuaron au Mexique depuis "Et... ta mère aussi!" (2001).

"Ça a été très libérateur de recommencer à tourner dans ma langue maternelle", a-t-il lancé. "Ça m'a fait quelque chose de physique, d’instinctif."

Cuaron n'a jamais terminé ses études au Centre universitaire d'études cinématographiques de l'Université nationale autonome de Mexico (UNAM), à cause de différends avec ses professeurs.

Il fait partie de la bande des "Trois amis", comme on a surnommé le célèbre trio de réalisateurs mexicains qu'il forme avec Alejandro Gonzalez Iñarritu et Guillermo del Toro, tous vainqueurs aux Oscars et aux Golden Globes.

Outre sa maîtrise de la photographie, le cinéaste est également très doué pour son utilisation des effets sonores et de la technologie audio 3D, qu'il avait expérimentée avec brio pour "Gravity" et qu'il reprend avec "Roma".

"Il intègre le visuel avec l'auditif", résume Annemarie Meier Bozza, critique de cinéma et enseignante à l'université de Guadalajara, qui a notamment eu Guillermo del Toro pour élève.

Pour elle, "Roma" a réussi à susciter un vif engouement au Mexique en mêlant souvenirs d'enfance et drames individuels avec la profonde crise sociale et politique que le Mexique traversait dans les années 1970.

Outre "Gravity", qu'il a écrit avec son fils Jonas et qui a été comparé au classique de Stanley Kubrick "2001: Odyssée de l'espace" (1968), Alfonso Cuaron a également réalisé des films à succès comme "Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban" (2004) et "Les fils de l'homme" (2006), avec Julianne Moore et Clive Owen.

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