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Algérie: des hashtags aux chants de contestation dans la rue

Algérie: des hashtags aux chants de contestation dans la rue
Manifestation contre le 5e mandat du président Bouteflika, le 5 mars 2019 à AlgerRYAD KRAMDI
Internet

"Non au 5e mandat", "désobéissance civile" ou encore "l'Algérie se révolte", les hashtags sur Twitter et Facebook ont été largement relayés depuis le début des manifestations le 22 février contre un nouveau mandat d'Abdelaziz Bouteflika, débouchant rapidement sur une contestation inédite à travers l'Algérie.

Au-delà de la protestation virtuelle habituelle, des dizaines de milliers de personnes ont répondu aux appels à manifester sur internet. Dans la rue, ils ont relayé de vive voix les mots d'ordre forgés sur la toile.

"Les réseaux sociaux jouent un rôle très important, la parole est relayée plus rapidement qu'avant, ça peut aller très vite", confirme à l'AFP Okba Bellabas, l'un des 25 membres fondateurs du Collectif des jeunes engagés.

Fondé en décembre 2018, ce groupe de trentenaires, avocats, journalistes, militants ou doctorants, basés en Algérie, en France et au Canada, a décidé de "participer activement à ce mouvement".

Si "on ne peut pas s'en passer", l'usage des réseaux sociaux ne suffit pas, prévient toutefois M. Belladas. "Ce n'est pas Facebook qui nous a réunis", assure-t-il. Les rencontres "physiques" entre les membres du collectif restent essentielles selon lui, pour donner corps à leur engagement.

Reste que les réseaux sociaux sont largement utilisés dans le monde arabe comme un espace de dénonciation de l'autoritarisme des régimes en place, dans des pays tous rangés dans le bas du classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). L'Algérie y occupe la 136e place.

Cette contestation virtuelle a pu se muer en mobilisation dans la rue, comme lors des Printemps arabes de 2011 ou plus récemment au Soudan, secoué par des manifestations contre le régime d'Omar el-Béchir.

- Colère "amplifiée" -

En Algérie, l'annonce d'une candidature à un cinquième mandat de M. Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans et très affaibli par un AVC survenu en 2013, a été "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase" et "a fait que la mobilisation ne s'est pas arrêtée à Facebook", explique à l'AFP Dalia Ghanem, chercheuse au Carnegie Middle East Center, basé à Beyrouth.

"Ce ne sont pas des internautes anonymes, ce sont des citoyens qui savent que leur seul moyen pour contester, c'est justement la mobilisation", estime Mme Ghanem.

"Les Algériens savent que leurs meilleures armes sont la non-violence et les réseaux sociaux", observe-t-elle, rappelant que "les médias (audiovisuels) traditionnels ne sont pas venus couvrir les manifestations" au départ.

Les journalistes de l'audiovisuel public et privé - ce dernier étant largement dans les mains d'hommes d'affaires proches du pouvoir - ont dénoncé des pressions de leur hiérarchie.

A l'inverse, les images et vidéos amateurs de la mobilisation ont largement été partagées sur Twitter, Facebook ou Instagram.

"Internet a permis à (la) jeunesse de voir ce qui se passe dans d'autres pays (...) sur le plan culturel, économique, politique, voir des présidents plus jeunes comparés aux leurs", explique à l'AFP Brahim Oumansour, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), basé à Paris.

"Tout ça contribue progressivement à amplifier à la fois la colère, la déception, la frustration de ne pas avoir les mêmes acquis que d'autres pays", estime M. Oumansour, soulignant que l'anonymat sur la toile a aussi permis de "briser le mur de la peur", dans un État très policier comme l'Algérie.

Comme pour le Soudan, les témoignages de soutien aux Algériens se sont multipliés à travers le monde arabe, en particulier en Egypte, où le resserrement sécuritaire empêche ces dernières années toute manifestation.

Des avocats défenseurs des droits humains assurent qu'un homme a été récemment arrêté après avoir brandi, seul dans le centre du Caire, une affiche contenant l'inscription "Dégage Sissi".

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, au pouvoir depuis 2014, est accusé par les ONG de réprimer les voix dissidentes. L'Etat s'en défend, évoquant le maintien de la stabilité comme sa priorité.

"Tout Soudanais ou Algérien qui descend (dans la rue) contre ses dirigeants et pour réclamer la liberté, l'égalité, la justice sociale, est plus proche de moi que les Egyptiens pro-Sissi", a écrit sur Twitter le célèbre blogueur égyptien en exil Hossam el-Hamalawy.

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