Alpinisme: le sauveur d'Elisabeth Revol raconte un "incroyable miracle" sur le Nanga Parbat

Soudainement, "j'ai vu cette femme dans la faible lumière de ma lampe frontale". L'alpiniste russo-polonais Denis Urubko raconte à l'AFP le sauvetage périlleux de la Française Elisabeth Revol, de nuit, à 6.000 mètres d'altitude, dans le blizzard.

Tout est parti d'un cri, le sien, dans le noir où il s'enfonçait avec son compagnon de cordée, le Polonais Adam Bielecki, à la recherche de deux alpinistes en difficulté, Elisabeth Revol et le Polonais Tomek Mackiewicz. Et d'une "très faible voix de femme" entendue en retour.

"J'ai pensé: +Oui Adam, nous sommes très proches+", se souvient Denis Urubko lors d'un entretien à Islamabad.

Urubko et Bielecki, qui tentaient une ascension hivernale inédite du K2, le deuxième plus haut sommet au monde, avaient été héliportés l'après-midi même par l'armée pakistanaise sur le Nanga Parbat (8.126 m), surnommée "la montagne tueuse", à la recherche de la cordée franco-polonaise.

A peine posés, ils ont gravi 1.000 mètres de dénivelé, de nuit, en huit heures à peine, s'aidant tantôt de leurs piolets, tantôt des cordes laissées par de précédentes expéditions. Puis ils ont entendu la Française.

"C'était un incroyable miracle. On ne voyait rien. Il y avait une tempête de neige. J'étais tellement heureux", se rappelle Denis Urubko.

Mais quand ils aperçoivent Elisabeth Revol, celle-ci vient de passer deux nuits, sans tente, à plus de 6.000 mètres d'altitude. La veille, elle s'est séparée de Mackiewicz, qui souffrait de cécité des neiges et qui crachait du sang, un signe d’œdème, symptôme de mal aigu des montagnes.

Exposée à des vents violents et des températures largement négatives, la Française a eu des hallucinations, aux graves conséquences. Pendant cinq heures, elle a imaginé qu'elle devait enlever l'une de ses chaussures en échange d'un thé. Ses extrémités ont gelé.

Denis Urubko, alors qu'il avance vers elle, remarque qu'elle ne porte plus que des gants fins et que ses mains ont commencé à blanchir. Il lui enfile alors ses propres gants pour sauver ses doigts. Ils montent aussitôt le camp et forcent Elisabeth Revol à s'hydrater et à prendre des médicaments.

- 'Terrible et douloureux' -

Puis, alors qu'ils attendent la fin de la nuit pour repartir, Urubko et Bielecki ont une terrible discussion. "Tomek (Mackiewicz) était quelque part plus haut. Nous ne savions que vaguement où il se trouvait. Avec Adam, nous ne savions pas quoi faire", observe-t-il.

Fallait-il laisser la Française dans la tente et repartir à la recherche du Polonais, qui vivait alors probablement ses derniers moments, ou bien aider Elisabeth Revol à redescendre?

"Nous avons décidé de redescendre avec elle, parce que nous n'avions aucune chance d'aider Tomek mais que nous étions sûrs qu'Elisabeth aurait 100% de chances de survivre" à leurs côtés, alors qu'elle serait incapable de franchir certaines difficultés seule, explique-t-il.

A l'aube, les trois sont donc repartis, laissant Mackiewicz à son destin. Deux jours plus tôt, la Française avait déjà fait de même, une décision "imposée", qu'elle avait décrite comme "terrible et douloureuse", lors d'un entretien en février avec l'AFP.

Il leur a fallu 5H30 pour atteindre le camp 1, d'où un hélicoptère les a évacués. Elisabeth Revol est ensuite repartie en France, via Islamabad. Urubko et Bielecki, eux, sont retournés sur les pentes du K2, où Bielecki a eu le nez cassé lors d'une avalanche.

Le Russo-Polonais a peu après fait la Une des médias internationaux en se lançant seul à l'assaut du sommet du K2 après des désaccords avec le reste de son équipe. Sa tentative a été qualifiée de "suicidaire" par certains spécialistes.

"Il est trop émotionnel, pas patient", a commenté Elena Laletina, qui gère le site spécialisé Russianclimb.com.

Urubko affirme avoir atteint le camp 3, à plus de 7.000 mètres d'altitude avant de faire demi-tour. Une affirmation non vérifiable, ses images et vidéos ayant été confisquées par l'expédition polonaise dont il faisait partie.

Pour l'alpiniste pakistanais Nazir Sabir, qui a conquis le K2 et l'Everest, Denis Urubko, l'un des rares hommes a avoir atteint les quatorze sommets à plus de 8.000 mètres, est "le plus remarquable himalayiste aujourd'hui".

"Vous pouvez le classer parmi les cinq légendes de l'alpinisme en activité", a-t-il dit à l'AFP. "Il a repoussé les limites humaines à un nouveau niveau".

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