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Après l'ouragan Dorian, les Haïtiens des Bahamas redoutent les tensions communautaires

Après l'ouragan Dorian, les Haïtiens des Bahamas redoutent les tensions communautaires
Des Haïtiens à Nassau, aux Bahamas, le 9 septembre 2019, après avoir quitté l'île d'Abaco frappée par l'ouragan Dorian ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Après avoir tout perdu et avoir été évacués du nord des Bahamas vers Nassau, la capitale de l'archipel, les Haïtiens craignent une montée des tensions avec la population locale et les autorités qui tentent de gérer l'afflux de réfugiés après l'ouragan Dorian.

"Je suis une victime, j'ai besoin d'aide car j'ai une femme et quatre enfants", explique à l'AFP Blondel Vincent, devant l'église baptiste du quartier haïtien de Nassau où il a trouvé refuge.

Il est alors interrompu par un résident bahaméen qui s'en prend à la communauté haïtienne, la plus pauvre de l'archipel touristique. "Vous détruisez notre pays, vous n'avez pas de respect pour notre pays", hurle l'homme. "Les gens de ce pays ne croient pas en Dieu et ils viennent ici, et maintenant les Haïtiens prennent toutes les places dans les refuges", continue-t-il avant de poursuivre sa route.

"Vous entendez ça et ça vous fait mal", commente le charpentier de 41 ans d'origine haïtienne, qui possède la nationalité bahaméenne.

Aux Etats-Unis c'est le président Donald Trump lui-même qui a mis en garde contre les "membres de gangs" et les "trafiquants très méchants" qui pourraient se cacher dans le flot des victimes de Dorian accueillies sur le sol américain.

Blondel Vincent vivait sur l'île d'Abaco, dont une partie a été détruite par l'ouragan dévastateur. Près du port de Marsh Harbour, la ville principale, le bidonville surnommé "The Mudd" où s'entassait la communauté haïtienne a été rayé de la carte.

Au total, 4.800 personnes ont été évacuées dimanche des îles d'Abaco et Grand Bahama vers celle de New Providence, où se situe la capitale, selon l'Agence nationale de gestion des urgences (Nema).

- Combien de temps? -

Des personnes évacuées ont trouvé refuge chez des amis ou dans leurs familles, d'autres ont été accueillis dans des complexes hôteliers. Les plus pauvres ont été placés dans des centres d'hébergement d'urgence, dont certains ont atteint leur capacité maximale.

A l'église, le pasteur Walter Lucien critique la lenteur de l'aide aux déplacés et l'inaction des autorités. "Ils viennent, ils parlent et ils ne se passe rien. Des lits ne sont arrivés qu'aujourd'hui et ils avaient promis d'amener de la nourriture, mais nous n'avons encore rien reçu", regrette-t-il.

Les rescapés craignent aussi pour leur avenir.

"Ils m’ont mis ici mais je ne sais rien. Personne ne nous tient au courant. Je ne sais pas quoi faire", explique Blondel Vincent.

"Nous pouvons essayer de trouver du travail, mais nous avons perdu nos passeports, nos papiers, tout. Donc maintenant c’est difficile de trouver du travail", abonde Terrell Capron, à côté de lui.

"Combien de temps va-t-on pouvoir rester à l'église", s'interroge Timothy Ronne, un pêcheur de 38 ans. "Quand ils ne pourront plus nous aider, ils vont nous mettre à la rue? 15.000 habitants d'Abaco dans les rues de Nassau, sans travail", dit-il s'inquiétant que certains "prennent une arme ou se prostituent" pour survivre.

Le chargé d'affaires de l'ambassade de Haïti à Nassau, Dorval Darlier, espère convaincre les autorités de fournir des permis de résidence temporaire aux sans-papiers haïtiens. "Le gouvernement peut leur accorder une amnistie de deux ou cinq ans pour légaliser leur situation car les Bahaméens comme les Haïtiens sont des victimes", dit-il à l'AFP.

L'ouragan Dorian a fait au moins 50 morts aux Bahamas mais de nombreux habitants restent portés disparus, selon un bilan provisoire de la police de l'archipel.

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